Etat de siège : une manifestation improvisée paralyse momentanément les activités à Goma

Les activités socio-économiques ont été momentanément paralysées l’avant-midi de ce jeudi 23 septembre 2021 en ville de Goma. À la base, un groupe de jeunes aux visages bandés se sont improvisés sur la route, obligeant chacun de fermer sa boutique et aux petits commerçants de débarrasser leurs étalages. Une manifestation improvisée contre l’Etat de siège décrété au Nord-Kivu et en Ituri depuis mai dernier.

Cette situation a surtout vécu dans les endroits comme Buhené, Majengo, et une partie de Katoyi, partie Nord de la ville volcanique.

“Où est la police ? Elle va nous sentir cette pauvre police inefficace,… Nous ne voulons pas de cet état de siège…”, scandaient les manifestants, sifflets aux lèvres, frondes et lances de pierres en mains.

Tout à coup, c’est sauve qui peut, tout le monde cherche à se sauver, suite aux jets de projectiles dont sont auteurs ces manifestants. Entre embouteillages et exiguïté des voies de servitude, chacun cherche à se mettre l’abri des projectiles. En un rien de temps, le tronçon routier Notre dame-Mutinga-Majengo-Buhéné devient un désert.

“En fait, il s’agit d’un groupe de jeunes venus de Buhené, qui sont venus paralyser les activités ici. Ils disent que cette mesure d’état de siège n’a produit aucun résultat, les gens sont massacrés et rien n’avance“, témoignage monsieur Florentin.

L’état de siège fait la vedette des débats

Un peu plus loin de la route dans les replis, chacun commente et ici les échecs de l’état de siège.

Je n’ai rien vu de positif découlant de cet état de siège. Je ne pense pas que l’état de siège allait faire autant de temps sans produire des résultats. Le mal c’est que notre Président parle beaucoup et réalise moins. Je ne savais pas que les gens étaient déjà contre l’état de siège jusqu’à manifester leur colère tel font ces jeunes. Je me suis étonné de voir qu’hier, en plein état de siège, les infiltrés ont été interceptés camouflés dans un tank au-dessus d’un bus, au niveau de Lubero“, lance ce jeune rouge de colère.

Un peu après, la police et les soldats FARDC atterrissent pour calmer la tension. Mais la population s’en moque.

“Quand il s’agit des manifestants qui réclament le changement, cette police est souple. Mais en face des ADF qui massacrent nos frères, ces policiers ne font rien. Dis-moi Journaliste, toi-même es citoyen. Est-il compréhensible qu’un tel arsenal de policiers et militaires viennent pour faire face à un groupe de 5 jeunes comme ceux que tu venais de voir ici tantôt de tes propres yeux ?“, s’exclame et s’interroge ce jeune homme sous anonymat, visiblement enflé de colère.

D’autres manifestants pensent que les militaires déployés dans le Nord-Kivu ont la mission de s’enrichir plutôt que de sécuriser la population. “Ces militaires sont venus s’enrichir et non nous aider“, lance l’un d’entre eux.

A ce niveau, cet autre manifestant au visage sillonné des nerfs et d’une sueur coulante lance “Avant l’Etat de siège, il n’y avait pas de convoi sur la route Beni-Komanda, il n’y avait pas de convoi sur la route Beni-Butembo, il n’y avait pas de massacres à Isale,… Mais comment voulez-vous que nous soutenions quelque chose qui n’a pas produit des résultats ? Toi journaliste, c’est parce que tu n’as pas de famille à Beni que tu me déranges par tes questions… Et si je te posais les mêmes questions, que me dirais-tu?”.

En début de semaine, la véranda Mutsanga section de Goma avait déjà prédit une série de deux journées ville morte sur toute l’étendue de la ville de Goma, comme pour dénoncer d’un côté l’inefficacité de l’état de siège, et compatir avec les victimes des massacres de Beni, de l’autre. Pendant ce temps, la chanson de l’armée est unique.

Ne vous laissez pas embrouillés, l’état de siège a produit des résultats convaincants. Il suffit de descendre sur le terrain et demander à cette population qui vit le changement. Nous avons neutralisé des rebelles par centaines, nous avons récupéré beaucoup d’armes,… Et le combat continue“, récite souvent le porte-parole de la 34ième région militaire et membre de la cellule de communication du gouverneur militaire en province du Nord-Kivu.

Dans le même sillage, alors du haut de la tribune des Nations Unies à l’occasion de la 76ième session ordinaire, le président de la RDC, Félix Antoine Tshisekedi, a pour autant vanté les mérites de l’état de siège.

“L’état de siège ne sera levé que lorsque les motivations qui ont conduit à son décret, auront trouvé une solution définitive“, a laissé entendre l’affectueusement appelé “FASHTI BETON”.

John Tsongo

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