Afrique : “les défenseurs des droits fonciers et environnementaux ne sont pas protégés”(CIBEDIS)

Plusieurs défenseurs des droits fonciers et environnementaux en Afrique ne sont pas protégés, en dépit de leur noble tâche de défendre les droits humains, dans les secteurs foncier et environnemental qu’ils exercent en faveur des communautés locales. Cette réalité a été démontrée, jeudi 11 novembre dernier, à Goma, par les organisations de la société civile, engagées dans la protection des droits fonciers et environnementaux (CIBEDIS).

Devant des journalistes environnementaux, pour la plupart ; Mamadou Mbalo du Sénégal, Docteur Youssoufa Ala Amadou du Cameroun et Maitre Faustin Mutsukunde de la RDC, ont décrit chacun l’environnement surtout particulièrement difficile, dans lequel travaillent les défenseurs fonciers et environnementaux dans leurs pays respectifs.

Intervenant au nom de tous les trois, Maitre Faustin Mutsukunde a d’abord expliqué ce qu’est le travail d’un défenseur des droits fonciers.

« Le travail des défenseurs fonciers et environnementaux, c’est qu’ils dénoncent les cas de spoliation des terres des communautés locales, ils dénoncent les cas de corruption de l’administration foncière et l’utilisation abusive des ressources foncières », a-t-il fait savoir.

« Malheureusement, ils ne sont pas bien vus », poursuit-il, avant d’ajouter : « les défenseurs sont victimes d’abus des droits. Plusieurs sont trainés devant les cours et tribunaux. D’autres sont même trainés devant les services administratifs, simplement parce qu’il y a de nombreuses personnes qui estiment que ces défenseurs touchent sur leurs intérêts sensibles ».

Mais qui tracassent ces défenseurs ?

Maitre Faustin Matsukunde pointe au premier plan, les grands spoliateurs, et par-dessus tout, les personnes hautement placées. « Il n’y a nulle part où vous pourrez trouver des citoyens ordinaires devenus spoliateurs ou pointés dans des cas d’accaparement des terres. En général, ce sont des personnes hautement placées sur les plans politique, économique et social. On y voit même certains éléments de l’armée ou de la police, ce sont en tout cas des personnes très puissantes ou alors des sociétés multinationales »  indique-t-il.

Assassinats et crimes contre les défenseurs fonciers et environnementaux, ces chiffres qui inquiètent …

A entendre dire Maitre Faustin, la menace des spoliateurs pèse beaucoup sur les défenseurs et leur rend la vie et le travail difficiles. Pour mieux en parler, Maitre Faustin s’appesantit sur plusieurs rapports sur les crimes contre les défenseurs fonciers, mais visiblement celui de Global Weetnes  semble avoir le plus attiré son attention, dont ceux publiés en 2015 et 2020.

« Le rapport publié en 2015 par Global Weetnes sur les crimes fonciers et environnementaux, montre que  plus de 185 cas d’assassinats contre les défenseurs fonciers et environnement ont été documentés dans 16 pays d’Afrique. Beaucoup de cas ont été vécus en RDC, et principalement dans le parc national des Virunga, où plusieurs éco gardes ont déjà été tués. L’autre rapport publié toujours par Global Weetnes cette fois-ci en 2020, retrace les crimes enregistrées durant la seule année de 2019, qui sont au total 112  » éclaircit-il.

Que doivent faire les Etats pour protéger les défenseurs fonciers et environnementaux ?

« Pour que nous nous sentions protégés, il faudra que les dirigeants de tous les Etats Africains prennent conscience de la spécificité du travail des défenseurs des droits fonciers et environnementaux. Que ces dirigeants mettent en place un cadre juridique qui protège les défenseurs des droits fonciers. Il faudra alors, que la protection des défenseurs des droits fonciers soit  formalisé et que ces mécanismes soient respectés par les uns et les autres, là je fais allusion aux autorités politiques, policières et militaires et en fin aux investisseurs qui sont pour la plupart des multinationales » a-t-il en fin répondu.

Dans plusieurs pays d’Afrique, les pauvres habitants des sites d’exploitation minière, des zones de construction des barrages hydro-électrique ou encore des zones d’implantations industrielles; ont toujours vus leurs droits foulés aux pieds par les multinationales soutenus par les dirigeants Africains eux-mêmes … mais cela doit prendre fin, recommande le CEIBEDIS.

John Tsongo

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