Haut Katanga : la société civile environnementale alerte sur la spoliation d’une partie du parc national de l’Upemba

La République Démocratique du Congo est parmi les pays potentiellement riches, en termes de biodiversité, et possédant un plus grand nombre d’aires protégées. Ces aires sont souvent envahies par des rebelles, convoitées par des multinationales, ou par des firmes ou/et personnes privées qui y installent leurs activités privées. Le parc national de l’Upemba dans la partie Sud-Est de la RDC, dans la province du haut Katanga, est aussi victime de cette réalité, alerte la société civile de cette partie du pays, regroupant plusieurs organisations non gouvernementales, œuvrant dans le domaine environnemental.

Dans une lettre ouverte adressée au président de la république lundi 4 octobre 2021, la société civile indique que depuis 2019, en novembre, la société KIPAY Investissement, exécute des travaux de construction d’un grand barrage hydro-électrique dit de SOMBWE en plein parc national de l’Upemba, précisément sur la rivière Lufira, l’un des grands affluents du fleuve Congo.

La construction de ce barrage est « un mépris des principes fondamentaux, de la constitution, des lois organiques en matière de protection de l’environnement et des aires protégées, des lois internationales et de la volonté politique de votre autorité exprimée à travers plusieurs forums internationaux de haut niveau, sur le rôle que joue la RDC dans protection de la biosphère au niveau planétaire », indique la société civile s’adressant au président de la République.

La société civile dite environnementale, dit s’inspirer du rapport publié il y a peu, par l’organisation non gouvernementale JUSTICIA asbl intitulé « Spoliation des parcs Upemba et Kundelungu : graves risques de la perte des espèces animales et violations des droits environnementaux ».

Que craint la société civile ?

La société civile dit exprimer sa crainte à quatre niveaux :

  1. La violation flagrante des lois en vigueur en RDC, citant à titre d’exemple la loi numéro 14/003 du 11 février 2024, relative à la conservation de la nature, et la loi numéro 11/009 du 11 juillet 2011, portant principes fondamentaux relatifs à la protection de l’environnement ;
  2. Le danger de la diminution de l’eau dans les lacs de la dépression de Kamalondo, regroupant les lacs Upemba, Kisale, Kibale, Kayumba, Mulenda et Kapondwe. Approfondissant les contours autour de cette crainte, la société civile relève le fait que la rivière Lufira, sur quoi se construit ce barrage, alimente le bassin de dépression en 40 % et qu’un préjudice porté contre ces eaux, risque : d’affecter directement les populations qui dépendent des espèces halieutiques de ces lacs, estimées à plus de 100.000 ménages regroupés dans les territoires de Malemba-Nkulu, Mitwaba et Bukama, d’entrainer la perte d’une superficie estimée à 60 Km2 des terres forestières… ;
  3. La perte de la crédibilité de la RDC vis-à-vis des institutions internationales, encore qu’en permettant l’exploitation de ce parc, elle viole l’accord cadre de Paris, dans lequel, il s’engage à préserver pourtant ses aires protégées, au profit de la lutte contre le réchauffement climatique, aujourd’hui problème mondial ;
  4. La frise de la volonté du président Antoine Félix Tshisekedi, lui-même qui, précise la société civile, déclarait dans son discours du 23 septembre 2019 à New York à l’occasion du sommet mondial sur l’action climatique couplé à celles de l’alliance pour les forêts tropicales ; que « notre pays prend des engagements pour conserver ses forêts et ses tourbières, gages de l’équilibre climatique mondial… ». La société civile insinue en rappelant au président l’engagement qu’il avait pris notamment en affirmant qu’il ramènerait à 17 %, la superficie des aires protégées, vis-à-vis de la superficie totale de la RDC.

Qu’exige la société civile au Président ?

La société civile environnementale, demande au président de la république,

  • D’ordonner toutes les activités qui constituent une menace pour la biodiversité et d’arrêter la construction du barrage de SOMBWE ;
  • De diligenter des études pour l’évaluation du potentiel hydroélectrique de SOMBWE sur la rivière Lufira en plein parc de l’Upemba ;
  • De faire annuler tous les actes juridiques pris en violation de la loi et ayant permis l’érection des ouvrages de nature à porter atteinte au parc national de l’Upemba ;
  • D’ordonner la mise en place d’une transition écologique et du développement durable, en renfort à l’Institut Congolais pour la conservation de la nature, ICCN ;
  • De mettre en place un mécanisme transparent de publication des études d’impact environnemental faites dans le cadre de la mise œuvre des grands projets ;
  • D’initier des actes d’accompagnement des gestionnaires des aires protégées, dans leur combat contre l’envahissement de ces aires protégées ;
  • De mettre à la disposition de la justice, tous ceux qui se sont illustrés dans la compromission de la gestion des aires protégées en RDC.

Par ailleurs, les responsables de la société KIPAY, ont déclaré sur RFI Kiswahili en date du mercredi 6 octobre 2021, que leur infrastructure, ne violait en aucun cas, l’espace du parc national de l’Upemba.

Crée en 1939 et grand de 11.730 Km2, le parc national de l’Upemba est l’un des 8 principaux  parcs nationaux de la RDC. Il est situé dans la partie Sud-Est du pays dans la province du Haut Katanga. Upemba est assis sur les zones marécageuses de la dépression de la Kamalondo, aux côtés de la rivière Lufira, l’un des plus importants affluents du fleuve Congo.

Outre sa forte richesse en biodiversité notamment en faune et flore, le PN de l’Upemba, renferme plus ou moins 17 espèces d’oiseaux et 15 espèces des reptiles qui ne sont pas retrouvées dans beaucoup d’autres aires protégées de la planète. Il est en outre, la seule aire où le zèbre est rencontré dans son milieu naturel.

John Tsongo

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