Nord-Kivu : exiger le départ du gouverneur Somo par des « villes mortes » nuit aux opérations militaires, selon Nicaise Kibel’Bel
Les journées villes mortes pour demander le départ du gouverneur militaire fragilisent les opérations militaires. C’est l’analyse d’un spécialiste des questions de défense et de sécurité livrée ce mardi 11 août 2026. Il estime que la situation sécuritaire au Nord-Kivu reste complexe, avec les opérations contre les ADF d’un côté et la menace du M23 de l’autre. Il appelle au dialogue entre la société civile, les mouvements citoyens et le gouverneur pour régler les divergences. Il encourage également la population à accompagner les autorités militaires dans la lutte contre les groupes armés.
Dans son analyse, le journaliste d’investigation Nicaise Kibel’Bel Oka démontre que les journées villes mortes risquent de perturber les opérations militaires en cours. Il rappelle que le gouverneur militaire vient à peine de recevoir la responsabilité des opérations militaires et estime qu’il faut lui accorder du temps pour produire des résultats. Pour lui, ceux qui appellent la population dans les rues devraient plutôt la sensibiliser à accompagner l’autorité provinciale dans sa mission.
« Les ADF-MTM, c’est un mouvement terroriste, une nébuleuse. Les terroristes, ils continueront de tuer les gens. Ça, c’est inévitable. Mais le gouverneur, pendant tout le temps qu’il est gouverneur, il n’a pas participé aux opérations. C’est maintenant qu’on lui a donné les opérations, ça fait presque deux mois. Mais nous disons que pour réussir, pour neutraliser les terroristes, il faut la participation de la population. Parce que les opérations militaires dans une guerre asymétrique ne participent qu’à 20 %. C’est le renseignement, les informations, c’est la population qui donne. L’ennemi ne porte pas de tenue militaire. Il faut que ceux qui demandent des villes mortes puissent sensibiliser la population à accompagner le gouverneur. Mais on ne peut pas du coup demander ou accuser le gouverneur de tuer le mariage civilo-militaire et appeler les gens dans la rue », a-t-il démontré.
Le spécialiste invite d’abord la société civile et les mouvements citoyens à privilégier le dialogue avec le gouverneur militaire afin d’exposer les problèmes identifiés. Il les encourage également à documenter les éventuelles erreurs ou fautes de gestion de l’autorité provinciale, afin de saisir les instances compétentes et permettre une éventuelle décision sur son maintien ou son remplacement.
« Je pense que la société civile, ce groupe, doit demander un échange avec le gouverneur, discuter avec le gouverneur. Donc, il faut prendre langue avec le gouverneur, discuter des problèmes de couacs et lever le couac. Ça, c’est la première des choses. La deuxième des choses, comme je dis, le gouverneur n’est pas un saint. Si réellement, il commet des erreurs, il faut le répertorier et l’envoyer à qui de droit. C’est celui-là qui pourra décider de son maintien, de la relève ou même de son interpellation à la justice », suggère-t-il.
Pour rappel, certains mouvements citoyens ont appelé ce mardi à une journée ville morte à Beni et Butembo. Ils réclament notamment le départ du gouverneur militaire et, pour certains, la libération de l’activiste Clovis Mutsuva, détenu par la justice militaire. Ces actions interviennent dans un contexte marqué par les massacres de civils attribués aux ADF et les opérations militaires menées contre ce groupe armé.
Samy Kitha