Beni : des Pygmées se mobilisent pour transmettre leurs traditions à la nouvelle génération
Face aux déplacements forcés, aux conflits armés et aux mutations sociales, les peuples autochtones pygmées multiplient les initiatives pour transmettre leurs traditions aux jeunes générations. Dans les sites de déplacés de la ville d’Oicha, les anciens, les femmes et les jeunes se mobilisent pour préserver leur langue, leurs pratiques et leurs valeurs culturelles malgré les épreuves de la guerre. Ce mardi 11 août 2026, RADIOMOTO.NET s’est intéressée à cette question en marge de la journée internationale des populations autochtones.
Dans les sites de déplacés de Luvangira à Oicha, les jeunes Pygmées grandissent désormais dans un environnement marqué par l’école, les nouvelles technologies et les contacts avec d’autres communautés. Cette évolution influence leurs habitudes et leur manière de vivre, mais certains restent attachés à l’héritage transmis par leurs parents et leurs grands-parents.
« Aujourd’hui, nous commençons à imiter les autres avec la modernisation. Nous avons commencé à aller à l’école comme les autres et à utiliser des smartphones, à aller sur WhatsApp et sur Internet. Mais à la maison, nos parents nous parlent toujours de notre culture et je veux apprendre ce que mes grands-parents faisaient et comment ils vivaient », a démontré l’un d’eux.
Pour Jackson Mbusa, jeune Bantou, cette évolution ne devrait pas conduire à l’abandon de la culture pygmée. Selon lui, cette culture peut s’adapter aux réalités actuelles tout en restant une composante importante du patrimoine de la région.
« La culture pygmée évolue comme toutes les cultures. Mais il est important qu’elle soit protégée. Nous l’avons étudiée à l’école et vraiment, elle fait partie du patrimoine de notre région. Les jeunes doivent continuer à la connaître malgré les changements causés par plusieurs facteurs comme l’insécurité ou la mondialisation », a-t-il recommandé.
Face à ces transformations, les anciens multiplient les initiatives pour maintenir la transmission culturelle. Dans ce site, les rassemblements autour du feu permettent aux jeunes d’apprendre l’histoire, la langue et certaines pratiques de leur communauté.
« Avant, on nous enseignait quel animal ou quel fruit il faut manger ou pas. On vivait de la chasse, de la cueillette et autres. Aujourd’hui, nous nous réunissons autour du feu pour apprendre aux enfants notre culture. On trouve des enfants en train de couper de petits arbres pour construire des huttes parce que c’est notre culture. La guerre nous a dispersés, mais nous continuons à leur enseigner notre langue et nos traditions pour qu’ils n’oublient jamais qui ils sont », relate un autre Pygmée.
Les femmes ne sont pas également épargnées dans cette lutte pour la transmission. Elles enseignent aux enfants les chants, les valeurs communautaires et le respect des anciens. Une manière, selon elles, de maintenir la continuité culturelle malgré les conséquences de la guerre.
« Même dans les sites de déplacés, nous apprenons aux enfants nos chants, notre manière de vivre et le respect des anciens. Nous ne voulons pas que notre culture disparaisse avec la guerre », témoigne une femme pygmée.
Loin de leurs terres d’origine, la transmission reste un lien essentiel avec leurs racines et un repère pour les jeunes générations, face aux bouleversements liés aux déplacements et à la modernisation.
Samy Kitha