Ituri : l’incivisme fiscal décrété à Mambasa menace le fonctionnement de l’État, analyse un économiste
Le point A en rouge, le territoire de Mambasa, dans la Province-Orientale (RDC)
L’incivisme fiscal décrété par la société civile de Mambasa pour dénoncer l’insécurité pourrait avoir des conséquences sur le fonctionnement de l’État. C’est ce que pense un économiste qui s’est exprimé ce vendredi 14 août 2026. Mulengya Morton analyse cette mesure comme un moyen de pression destiné à pousser les autorités à agir davantage contre l’activisme des ADF. Il met toutefois en garde contre ses conséquences économiques et appelle au dialogue entre les autorités et la société civile.
Selon l’économiste Mulengya Morton, l’appel à l’incivisme fiscal reflète le ras-le-bol de la population, qui estime que l’État ne fait pas assez pour contrer les rebelles de l’Allied Democratic Forces (ADF). Il considère cette décision comme un moyen de pression sur l’État.
« Si la société civile de Mambasa veut entrer dans l’incivisme fiscal, c’est qu’ils sont fatigués. Malgré tout ce qu’ils ont fait pour essayer d’empêcher les actions des ADF, ils pensent que l’État n’a pas suffisamment agi. Alors, il ne faut pas toucher ailleurs, il faut toucher à l’œil de l’État. Et c’est pourquoi ils disent que peut-être, si nous refusons de payer les taxes, l’État pourra agir très vite et prendre des dispositions. Les gens de Mambasa ne pensent pas qu’ils ne veulent pas payer les taxes. Ils exercent une pression sur l’État », a-t-il analysé.
Mais cette stratégie comporte des risques, notamment pour les initiateurs eux-mêmes, qui pourraient faire face à des mesures de répression ou à des pressions des autorités. L’économiste s’interroge également sur la capacité de la société civile à maintenir une telle action pendant une longue période.
« Bon ! La solution, c’est une pression. Est-ce que la pression va arriver à quel niveau ? C’est comme je peux dire : est-ce que si Mambasa ne paie pas, la République ne va pas marcher ? Chacun peut répondre de sa façon. De deux, est-ce que si Mambasa fait l’incivisme fiscal, est-ce qu’ils sauront y arriver ? Est-ce qu’ils n’auront pas de pression étatique pour qu’on emprisonne celui-ci et celui-là ? On les intimide ? Est-ce que les gens sont suffisamment structurés pour faire face à cela ? », s’est-il interrogé.
Sur le plan économique, l’analyste n’encourage pas le non-paiement des taxes. Il rappelle que les recettes fiscales permettent notamment à l’État d’assurer le fonctionnement de ses services. Il recommande ainsi l’ouverture d’un dialogue entre les gouvernants et la société civile de Mambasa pour trouver un compromis.
« Mais moi, en tant qu’économiste, je ne pourrais pas encourager que les gens de Mambasa ne paient pas les taxes. Ce sont les taxes qui font circuler les véhicules, qui paient les agents, qui font ceci, qui font cela. Les conséquences de la décision, c’est que quand l’État n’est pas en accord avec sa population, tout ce qu’on peut faire comme travail, on ne produit rien. Moi, ce que je dirais, il faudrait qu’il y ait un dialogue entre les gouvernants et la société civile de Mambasa », a-t-il confié.
Il convient de rappeler que les composantes de la société civile du territoire de Mambasa ont appelé à un incivisme fiscal de six mois pour protester contre l’insécurité persistante, marquée notamment par les attaques des ADF.
Samy Kitha