Butembo : restaurer la dignité et la sécurité pour briser le silence autour des VSLC

Dans le contexte sécuritaire volatile du Nord-Kivu, les Violences sexuelles liées aux conflits (VSLC) ne sont pas seulement des crimes, elles sont des armes qui brisent les vies et les communautés. Ce lundi, sur les ondes de la RMBB, Maître Julienne Matunda, de l’organisation Heal Africa, a partagé une conviction profonde : pour que les survivantes rompent le silence à Butembo, elles doivent impérativement retrouver leur statut de sujet de droit, entourées de garanties de sécurité inébranlables.

La dignité : passer de l’« objet » au « sujet » de soins

L’angle d’attaque de Maître Matunda est clair : la prise en charge commence par le respect de la personne. « Même dans la vulnérabilité extrême, une survivante garde sa dignité. Elle n’est pas un objet de procédure, mais une humaine à respecter », a-t-elle insisté. Cet impératif de dignité passe par le droit à l’autodétermination. Dans le parcours de guérison, c’est la survivante qui décide. En lui redonnant le pouvoir de choisir ses soins (médicaux, psychologiques ou juridiques), les prestataires l’aident à se reconstruire en tant que citoyenne, l’encourageant ainsi à ne plus subir l’ombre du traumatisme.

La sécurité et le secret : les boucliers contre la peur

En zone de conflit, la peur des représailles est le premier obstacle au signalement. Pour rassurer les victimes, Maître Matunda a levé le voile sur les mécanismes techniques de protection : le secret professionnel et le système de codage anonyme. « Même si un agresseur accède aux dossiers, il ne peut décrypter l’identité de celle qui a parlé », rassure-t-elle. Cette sécurité est renforcée par l’existence du numéro vert national, le 49 55 55, un outil de signalement anonyme et gratuit, accessible en plusieurs langues, permettant une alerte discrète et sécurisée loin des regards indiscrets.

Une aide complète pour une reconstruction totale

Garantir la sécurité ne suffit pas ; il faut aussi offrir une perspective de guérison totale. C’est ici qu’intervient la prise en charge « holistique » soutenue par l’UNFPA. Ce paquet complet offre :

  1. L’urgence médicale (prophylaxie post-viol sous 72h) pour protéger la santé physique.
  2. Le soutien psychosocial pour stabiliser l’état émotionnel.
  3. L’accompagnement judiciaire pour que la justice répare ce que la violence a détruit.

À Butembo, cette aide est disponible dans quatre structures de référence : l’Hôpital général de Kitatumba et Katwa, le CH Kivika ainsi que les centres de santé Vutetse, Makasi et Mondo.

Appel à l’action : le silence profite à l’agresseur

En conclusion, l’émission a rappelé que la sécurité et la dignité sont les conditions sine qua non du signalement. « La loi vous protège et ces structures sont vos alliées », a lancé Maître Matunda comme un appel vibrant à toutes celles qui hésitent encore. En renforçant ces mécanismes de protection, l’UNFPA et ses partenaires locaux comme Heal Africa s’engagent à faire de Butembo une zone où le silence change de camp : il ne doit plus être celui des victimes, mais celui des armes.

Ci-dessous l’intégralité de l’émission :

Maombi Georges Makeo

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