Face à la réticence contre Ebola, les structures de santé privées menacent de suspendre leurs activités à Butembo
L’Union des structures sanitaires privées (USSP/RDC) menace de fermer ses structures, s’il n’y a pas de garanties de sécurité à cette période d’épidémie d’Ebola. La coordination de cette plateforme exige un dialogue social qui réunira la population réticente à la riposte et les soignants.
Le coordonnateur national de l’USSP/RDC est, au cours d’une interview accordée à RADIOMOTO.NET le jeudi 20 août 2026, revenu sur les conséquences de la méfiance qui s’observe aujourd’hui entre les habitants et les soignants. Le docteur Kambale Mathe Marie Jules cite les menaces dont le personnel soignant, leurs familles ainsi que leurs structures sanitaires subissent de la part de certaines personnes qui ne croient toujours pas à l’existence d’Ebola.

“Nous avons prêté serment, nous avons dit nous serons toujours avec nos malades, nous allons les soulager, nous allons les guérir, nous allons répondre à leurs besoins, mais aujourd’hui nous sommes devenus les ennemis. Les malades que nous avons guéris hier sont les mêmes malades qui nous tuent aujourd’hui. Les enfants que nous avons reçus, nous les avons séparés des seins de leurs mères jusqu’à ce qu’ils soient en vie aujourd’hui, ce sont ces mêmes enfants qui nous molestent la nuit, qui brûlent nos maisons », a-t-il regretté.
Il estime que plusieurs difficultés rencontrées aujourd’hui sont dues au non-engagement du gouvernement dans la riposte. Hormis le manque des intrants et équipements de protection personnelle, le docteur Mathe Marie Jules déplore la passivité des gouvernants face aux agissements de certains membres de la communauté qui manipulent les cadavres de personnes pourtant déclarées comme cas confirmés.
“Dans cette épidémie, nous n’avons pas d’équipements de protection individuelle. Les gens traitent sans être équipés. On ne sait pas réellement si la riposte est financée ou non. La population nous reproche d’avoir pris quelque chose. On a avalé quoi ? Alors qu’on n’a même pas eu des équipements pour nous protéger. Autre chose qui montre que le gouvernement ne fait rien. Comment imaginer alors que la population a la police qui la garde, l’armée qui protège, mais les simples individus parviennent à arracher les cadavres et faire ce qu’ils veulent ? », s’est-il lamenté.
Le docteur Mathe Marie Jules plaide pour la sécurité des structures sanitaires et du personnel soignant. Sinon, l’USSP/RDC menace de fermer ses structures. Et pour rétablir la confiance entre habitants et saignants, et ainsi mettre fin aux attaques, il propose un dialogue facilité par les autorités locales.
“Je voudrais que ce soit un mariage inscrit à l’état civil de la mairie. On va demander à l’état civil de la mairie d’appeler les représentants de la population, par exemple la société civile, les groupes de pression et les autres. On va se mettre, on va discuter autour d’une même table, puis on va définir comment on va se comporter dans cette épidémie. Mais sans ce mariage, dans les jours à venir, nous allons laisser les gens se soigner eux-mêmes. Nous allons fermer nos structures », a-t-il prévenu.
En attendant, il encourage ses collègues à continuer à prester dans le respect des mesures barrières et à référer vers les structures habilitées chaque malade présentant les signes de la maladie. L’Union des structures sanitaires privées (USSP/RDC) regroupe plus de trois cent cinquante (350) structures de santé dans les zones de santé de Katwa et Butembo.
Stanley Muhindo