Beni : à Malio, des habitants privés d’électricité aux portes des centrales hydroélectriques
Plusieurs villages du groupement Malio, dans la chefferie des Bashu, territoire de Beni, vivent dans l’obscurité malgré la présence des centrales hydroélectriques et des lignes électriques destinées notamment à alimenter la ville de Butembo. À Butuhe, l’unique source d’électricité de Katasohire, déjà insuffisante, est en panne depuis près de six mois, selon les témoignages des habitants qui ont besoin du courant. Cette situation affecte les activités socioéconomiques et les services de proximité.
Pour recharger leurs téléphones ou batteries, certains habitants vont jusqu’à Butembo. Germaine Masika en a fait un témoignage pratique cette semaine. Dans la tentative de trouver où photocopier ses documents, elle a dû rebrousser chemin, faute d’électricité à Butuhe.
“Les difficultés que nous avons ici à Butuhe, vraiment, c’est du courant. Le courant nous aide beaucoup. Pour photocopier à ce jour, on utilise des moteurs. C’est devenu très cher », a-t-elle fait remarquer.
Les panneaux solaires et les groupes électrogènes servent de solutions alternatives, mais leur coût et leurs limites, notamment pendant les périodes pluvieuses, compliquent davantage le quotidien des habitants, comme l’explique Anicet Mbusa Muhesi, tenancier d’un salon de coiffure : “Je suis maître coiffeur. Pour les difficultés que nous avons, il y a insuffisance de courant. Dans le cas où le soleil n’est pas là vraiment, il y a carrément d’énergie. Et nous sommes obligés de fermer les portes vraiment. Notre demande est qu’on puisse nous remettre le courant”.
Ce défi affecte également la radio communautaire La Voix de Malio. Kasereka Nzilamba Grâce, l’un de ses journalistes, affirme avoir dû retourner aux activités champêtres, faute de fonctionnement de son média qui manque de courant.
“Le courant n’est plus ici à Butuhe. Ce qui laisse qu’on émet plus actuellement. Avant, on était alimenté par le courant de Katasohire, mais le courant aussi était tombé en panne au niveau de la centrale. Jusqu’à présent, le courant n’est pas à Butuhe. Le deuxième courant-là, qui est à Butembo, nous nous étonnons du fait que le courant est déjà à Butembo, alors que le propriétaire nous dit souvent que lorsqu’il viendra avec le courant, nous bénéficierons de ce courant-là », s’est-il plaint.
Face à ce paradoxe, la société civile et les habitants dénoncent le passage des lignes électriques à travers leurs villages sans bénéficier de la desserte. Maître Maombi Kahongya, président de la Société civile, Forces vives de la chefferie des Bashu, appelle notamment les sociétés REED des prêtres catholiques et Congo Full Power de Lapamanza à privilégier la desserte des communautés locales.
“Nous sommes en train d’appeler au bon sens des opérateurs économiques de nous donner de ce courant-là. On ne peut pas amener le courant à Butembo, mais laisser la population de l’entité dans le noir. Voilà pourquoi nous appelons tous ceux-là : que ce soit les prêtres catholiques, que ce soit Congo Full Power, que ce soit Saibu et CTB, que ces gens trouvent la solution à ce problème-là. Nous réclamons ce qui nous revient de droit. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons négocier. Non, nous avons droit à ce courant électrique, du fait que Dieu nous a donné le contrôle où on a pu puiser ce courant électrique », a-t-il plaidé.
Par des lettres collectives du 17 et 18 août 2026, adressées à Congo Full Power notamment, les habitants de Kanyatsi, Kimbya, Kisungu, Rwahwa, Muhila, Mambalé, Butuhe et Malepe réclament leur raccordement au réseau électrique. Ils menacent de durcir leur position si les lignes continuent de traverser leurs entités sans que les habitants de ces entités rurales ne bénéficient, elles aussi, de l’électricité.
Patrick Kalungwana