Mambasa : la société civile lève son mot d’ordre de désobéissance fiscale
Réunie le samedi 22 août 2026, en assemblée générale extraordinaire, la société civile du territoire de Mambasa, en province de l’Ituri, a décidé de mettre fin à la mesure de désobéissance fiscale. Un acte de responsabilité patriotique, assorti d’une série de recommandations fortes adressées au gouvernement central et à l’exécutif provincial pour en finir avec l’insécurité imposée par les ADF.
Après des semaines de tension et d’une mesure radicale d’incivisme fiscal observée par la population, la Synergie des sociétés civiles du territoire de Mambasa a décrété la reprise normale du paiement des impôts, taxes et autres obligations légales sur l’ensemble du territoire.
La décision a été prise après que les représentants des confessions religieuses, les structures de la jeunesse, les opérateurs économiques, les associations des taximen, les organisations locales de développement, les organisations des femmes ainsi que d’autres couches sociales ont procédé à une analyse approfondie de la situation sécuritaire, marquée par les atrocités récurrentes des terroristes présumés de l’ADF-MTM, les déplacements massifs de populations et la paralysie des activités économiques.
Au terme d’échanges et de débats francs, un constat s’est dégagé. Selon les participants, une accalmie précaire est observée ces derniers jours, fruit des efforts conjugués des forces de défense et de sécurité et de la pression citoyenne.
Dans sa déclaration finale, lue par Mungeni Yuma Imurani, coordonnateur des forces vives de Mambasa, la société civile nuance que cette décision n’est pas une lâcheté ni un abandon de nos revendications, elle constitue un acte de responsabilité citoyenne et patriotique.
Pour les leaders communautaires, la cohérence s’impose. Il est devenu contradictoire de réclamer à l’État davantage de moyens pour sécuriser le territoire tout en privant ce même État des ressources nécessaires à son action.
« Nous ne pouvons pas, d’un côté, demander au gouvernement de renforcer les effectifs militaires, de fournir davantage de véhicules, de moyens logistiques et d’équipements à nos forces de l’ordre et, de l’autre côté, contribuer à affaiblir les ressources dont l’État a besoin pour fonctionner et faire face à cette guerre », argumente la société civile.
La structure prend en exemple les territoires voisins de Djugu et Irumu en Ituri, ainsi que Beni au Nord-Kivu, où, malgré l’horreur, les populations ont fait le choix de soutenir les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), non seulement en fournissant des renseignements fiables, mais aussi en s’acquittant de leurs devoirs fiscaux.
Mambasa, selon elle, doit s’inscrire dans cette même dynamique de résilience collective. L’appel est donc clair : toute la population du territoire est invitée à reprendre sans délai le paiement des taxes et à renforcer sa collaboration avec l’armée et les autres services de sécurité en livrant des informations utiles et vérifiables pour traquer l’ennemi. Les recommandations fortes de la société civile.
Si la levée de l’incivisme fiscal est l’acte le plus visible, le cœur de la déclaration réside dans ses recommandations. La société civile ne donne pas un chèque en blanc au gouvernement. Elle conditionne ce sursaut patriotique à des actions concrètes, urgentes et mesurables. Les revendications s’articulent autour de quatre axes majeurs : D’abord, alléger la pression fiscale pour les victimes. C’est la mesure sociale d’urgence. La société civile demande expressément au ministre des Finances du gouvernement central de prendre une mesure d’allègement fiscal ciblée. Sont concernés, les commerçants victimes directes des atrocités des ADF, qui ont vu leurs boutiques pillées, leurs stocks incendiés et leurs véhicules braqués sur les axes Mambasa – Komanda, Mambasa – Watsa et Mambasa – Beni, mais aussi l’ensemble des opérateurs économiques du territoire de Mambasa.
Pour la Société civile, il est injuste de faire payer le même niveau de taxes à une population qui a tout perdu durant cette période d’insécurité généralisée. Il s’agit d’une mesure de justice économique pour permettre la relance des activités et éviter la faillite totale du tissu commercial local, déjà exsangue, indique-t-elle.
Ensuite, renforcer massivement le dispositif militaire et sécuritaire. C’est la recommandation la plus insistante, adressée à la fois au gouvernement provincial de l’Ituri et au gouvernement central à Kinshasa. Concrètement, il s’agit du renforcement significatif des effectifs militaires sur le terrain, de l’amélioration urgente de la logistique, avec la dotation en véhicules de mobilité, en moyens de communication modernes et en équipements adaptés à la guerre en forêt, de l’intensification des opérations militaires de grande envergure contre les positions des terroristes ADF, et non plus de simples opérations de routine.
La population demande une guerre offensive et soutenue pour déloger définitivement l’ennemi de ses bastions dans la forêt et la garantie effective de la protection des civils, notamment dans les villages et les sites miniers isolés, souvent la cible privilégiée des ADF. L’autre résolution revient à assister les déplacés de guerre.
Ainsi, la société civile interpelle le gouvernement et ses partenaires humanitaires pour une assistance humanitaire d’urgence en vivres, abris, soins de santé et prise en charge psychosociale, particulièrement pour les femmes et les enfants traumatisés. En fin, la Société civile de Mambasa plaide pour le grand ménage au sein de la brigade militaire, surtout par le remplacement des officiers inactifs. En définitive, la société civile de Mambasa lance un double appel : au gouvernement, de transformer cette main tendue de la population en résultats concrets sur le terrain sécuritaire. Et à toutes les forces vives du territoire, de rester unies, vigilantes et solidaires.
Patrick Kalungwana & Oriane Kathina