Butembo-Beni : la Bible traduite en langue M’vuba par Fère Kitambala Kadembi Remacle pour sauver sa langue maternelle
La Bible en langue M’VUBA, l’initiative portée par le Frère Kitambala Kadembi Remacle, Augustin de l’Assomption, est à la phase d’esquisse avant impression. Les chrétiens de cette toute petite communauté concentrée dans la partie Nord du Territoire de Beni vont bientôt porter sous leurs aisselles les Saintes Écritures traduites dans la seule langue qui n’est pas bantoue dans cette partie de la Province du Nord-Kivu.
« L’esprit c’est mal dit ceci. Remacle, est-ce que tu ne peux pas commencer l’écriture de la Bible ? » Et en réponse, le frère Kitambala Kadembi Remacle choisit de l’écrire en langue M’vuba, langue de ses ancêtres. « Pour sauvegarder cette langue-là, en écrivant la parole de Dieu ».
Théologien, philosophe, anthropologue et linguiste, l’Augustin de l’Assomption insiste à avoir humblement accepté d’offrir ce sacrifice à sa communauté.
« Et j’ai rencontré un vieux qui s’appelle Kamango et aujourd’hui il est encore vivant, il reste en garde là-bas. Il est à sa quatre-vingt-seizième année d’âge et nous avons travaillé ensemble depuis, je crois bien le 3 septembre 2011. Nous avons commencé et nous avons commencé par le Nouveau Testament. Et le jour où on a fini le Nouveau Testament, j’ai demandé encore au Seigneur, est-ce qu’il y a moyen de poursuivre ? On a fait les psaumes. Après les psaumes, nous avons pris le prophète et ensuite on s’est dit non, commençons directement par le commencement. Et on a commencé par la Genèse et on a balayé tous les autres livres. Et même les deux deutérocanoniques, se réjouit frère Kitambala.
Sans accompagnement extraordinaire, ni soutien financier extérieur, ce travail de titan qui aura pris environ six-cent-trente jours a rencontré plusieurs défis.
« On ne peut pas se pavaner maintenant pour dire que la Bible est terminée, il faut qu’on l’imprime et ainsi de suite. Non, parce qu’une langue, on ne peut pas l’écrire et faire une traduction juste à deux, trois, quatre personnes pour dire que on a tout balayé, on a été suffisamment exact par rapport à la grammaire. C’est la raison pour laquelle je puis vous dire que ça devrait encore passer par l’oreille d’autres personnes, d’autres locuteurs pour écouter si réellement nous avons bien traduit. Retenez aussi que dans la Bible il y a des mots qu’on ne rencontre pas facilement dans nos traditions », reconnait-il.
Néanmoins, frère Remacle dit ressentir une fierté d’avoir été non seulement prêt, mais aussi capable d’intervenir pour l’immortalisation d’une langue.
« Aujourd’hui les spécialistes disent qu’il y a au moins quarante pour cent des langues qui ont déjà disparu de la surface de la Terre. Il y en a qui vont plus loin qui disent que tous les quinze jours, il y a au moins une langue qui disparaît de la Terre. Oui, ça fait rire, ça fait rigoler, mais sans vous tromper, la mienne c’est une des langues en danger. Voilà », s’enthousiasme ce frère assomptionniste.
Cependant, la main reste tendue à quiconque se sent intéressé par cette recherche.
Siku Provinces