Beni : la santé mentale des habitants affectée par le massacre qui a totalisé 10 ans déjà
Le 2 octobre rappelle le 1ᵉʳ massacre dans la région de Beni. À l’occasion de ce dixième triste anniversaire, RADIOMOTO.NET a rencontré un psychologue-clinicien qui évoque les conséquences de ces tueries sur la santé mentale des habitants de la région. Selon les données de deux centres psychiatriques de la commune d’Oïcha, une dizaine de personnes victimes des massacres ont été suivies entre janvier et septembre 2024.
À cette date, c’est le village de Mukoko, situé à près de 10 kilomètres au nord d’Oïcha, qui a été ciblé par les premières tueries à la machette. Par la suite, presque toutes les entités de la région de Beni ont été touchées par ces massacres, qui perdurent. Ces tueries ont laissé des séquelles psychologiques sur les habitants de la région de Beni, comme l’a indiqué le psychologue Muhindo Muthenyo Joël, du Centre de Protection des Indigents et Malades Mentaux, (CEPIMA/Oïcha).
« Quand nous voyons des cadavres sur des motos, un membre de la famille mort, ça peut nous toucher psychologiquement. Comme ça peut laisser des traces sur notre psychisme. La conséquence est que vous pouvez tomber dans le trouble mental, soit des souffrances psychologiques que nous pouvons appeler des stress post-traumatiques », a-t-il déclaré.
Dans ce centre psychiatrique, nous avons rencontré un patient, rescapé des massacres qui est désormais stabilisé. Monsieur Anselme témoigne que sa maladie a débuté après avoir subi des traumatismes lors d’une attaque meurtrière à Beu-Manyama. Cependant, depuis son hospitalisation, il constate une bonne évolution de son état mental.
« Les ADF nous avaient surpris en pleine récolte du cacao. Moi, j’étais fui en brousse. Les autres avaient été pris en otages et d’autres encore massacrés. Cette situation m’avait vraiment dépassé. Quand j’étais arrivé à Oïcha, j’étais déjà traumatisé. C’est comme ça qu’on m’avait amené ici au CEPIMA », a-t-il témoigné.
Depuis janvier 2024, le CEPIMA et le Centre d’Écoute Psycho-clinique La Dignité, deux structures psychiatriques œuvrant à Oïcha, ont déjà enregistré une dizaine de cas de traumatismes liés aux massacres. Le psychologue Muhindo Muthenyo Joël témoigne de leur prise en charge psychologique par des spécialistes.
« Ici au CEPIMA, nous traitons aussi les gens qui ont ces types de problèmes. À partir du mois de janvier jusqu’en septembre 2024, nous avons une dizaine de cas qui sont suivis en hospitalisation. Et plusieurs cas sont suivis en ambulatoire », a-t-il rassuré.
La même source conseille aux victimes des massacres de consulter régulièrement des psychologues ou des serviteurs de Dieu pour un suivi. Sinon, prévient-il, les années à venir pourraient poser des problèmes pour la santé mentale de la population.
Samy Kitha