Recrudescence des attaques des ADF à Beni : les habitants vident chaque soir leurs quartiers pour se mettre à l’abri
Les quartiers périphériques d’Oicha se vident de leurs habitants chaque soir depuis l’attaque rebelle qui a ciblé la localité de Bakila-Tenambo. La plupart de ceux qui n’ont nulle part où aller passent leurs nuits sur les balcons des bâtiments commerciaux au centre commercial. Ces femmes, ces hommes et ces enfants, désormais exposés à toute sorte d’intempéries, crient au secours et exigent le rétablissement de la paix.
Reportage de Samy Kitha rendu par Esther Vwiravwahali.
Les mouvements sont perceptibles à partir de 19 heures locales. La plupart des déplacés viennent de la localité de Bakila-Tenambo, voisine d’Oicha, et d’autres de cellules périphériques de la commune d’Oicha, surtout à l’Est. Ils affluent depuis vers d’autres milieux, dont les cellules du centre de l’entité, qu’ils jugent sécurisés. Ils n’en sortent qu’au petit matin afin de passer la journée dans leurs parcelles respectives. Ceux qui n’ont pas de familles d’accueil envahissent les balcons des bâtiments commerciaux au rond-point central d’Oicha. Bahati Janvier, 67 ans révolus, a quitté sa maison à Ibo au quartier Oicha Ier et il n’a aucune famille pouvant l’accueillir dans des endroits sûrs. Exaspéré, il a jugé bon de trouver refuge sur un balcon à quelques mètres du rond-point central d’Oicha.
« Je passe la nuit à l’extérieur. Nous souffrons beaucoup avec le froid. Les conditions dans lesquelles nous vivons actuellement ne sont pas bonnes. Je suis venu d’Ibo et je viens de passer trois nuits ici », déplore Bahati Janvier.
Non loin de là, dans un autre balcon, nous rencontrons une femme qui a souhaité garder l’anonymat. C’est l’épouse d’un militaire et son mari est sur le front contre le M23. Elle et ses cinq enfants viennent de PK20. Elle s’est réfugiée à Nzanza avant l’incursion rebelle de Tenambo. Elle ne sait plus où aller et n’a que des morceaux de carton pour se faire un lit.
« J’ai fui au PK20, on pensait qu’on allait se reposer ici à Nzanza, mais malheureusement, nous avons aussi fui. On dort sur des cartons et j’ai cinq enfants, nous dormons tous ici. Que les autorités nous aident », témoigne une femme déplacée de PK20.
Les enfants sans famille d’accueil ne sont plus à l’abri. Ils s’organisent en équipe pour passer leurs nuits au rond-point d’Oicha, ce qui les épargne de la terreur nocturne, affirme un enfant que nous avons rencontré.
« On n’a pas de matelas, on dort juste sur des cartons à l’extérieur. Certains ont leurs parents ici et d’autres n’en ont pas. On n’a pas peur parce que nous sommes nombreux. On vient surtout en équipe pour dormir ici, au centre », indique un enfant.
Neema Tsongo, un nom que nous lui prêtons, ne peut plus supporter cette situation. Sa maison a été incendiée lors de l’attaque de Tenambo et elle ne sait plus comment gérer la situation. Neema plaide pour le rétablissement de la paix et de la sécurité.
« On vivait bien, mais actuellement on part avec les enfants sans savoir où aller. On s’étonne de cette situation qui surgit. On avait déjà oublié le phénomène Ghotsera. Nous demandons de l’aide auprès des autorités pour trouver juste où dormir, parce que nos maisons ont été incendiées. Je suis ici avec mes enfants, je ne sais pas où les emmener », s’exclame Neema Tsongo.
Jeudi dernier, l’administrateur militaire du territoire a, de son côté, interdit les mouvements de déplacés vers le centre commercial d’Oicha au-delà de 18 heures. Selon le colonel Ehuta Oméonga Charles, cette mesure vise à prévenir toute éventuelle infiltration de l’ennemi via le phénomène « Ghotsera ». Il est à noter que, depuis le début de ce mois de décembre, le groupe armé ADF a ôté la vie à dix-huit personnes, en plus des blessés et des disparus. Neuf ont été massacrées au PK20 et neuf autres à Tenambo.
Samy Kitha