Déchets plastiques à Butembo : un danger imminent sur la santé publique

Un tas d'immondices en pleine évacuation sur la rue d'ambiance en ville de Butembo

Butembo est une ville essentiellement commerciale. Son commerce dépend en grande partie des importations des biens manufacturés. La plupart de ces biens portent des emballages plastiques. Cependant, la gestion de ces emballages constitue un très grand danger sur la santé publique. 

Pour des commerçants rencontrés au marché central de Butembo ce mercredi 15 janvier 2025, il est difficile d’échapper à l’utilisation des emballages plastiques. 

« Nos marchandises viennent pour la plupart avec des emballages en caoutchouc. Que ce soient des habits, des souliers ou d’autres produits manufacturés, ils sont toujours emballés par des caoutchoucs », se désole Kasereka Peter, un tenancier d’un kiosque au marché. 

Pour Jean-Louis Vahwere, un autre stockeur au marché de Butembo : « l’utilisation d’emballages en caoutchouc en ville de Butembo est inévitable. Cela ne dépend pas de la volonté de nous les petits commerçants de Butembo. Ça doit se régler à partir des pays des importations. L’éducation doit commencer par là ».  

Georges Sivahera, étudiant en faculté de gestion de l’environnement en ville de Butembo, lui, appelle à l’implication des autorités urbaines qui ont dans leurs attributions l’assainissement de la ville. 

« L’utilisation des plastiques dans nos différentes communes est un problème réel. Les autorités doivent en être conscientes. Elles doivent combattre ces pratiques afin de nous préserver des calamités naturelles qui pourraient en ressortir dans l’avenir », interpelle-t-il.

Quant à savoir pourquoi à Butembo, on préfère utiliser des emballages plastiques, Fataki Baloti, point focal du groupe de travail thématique environnement et développement durable au sein de la société civile de Butembo estime « qu’on utilise ce qu’on a. Il n’y a pas d’emballage bio. Dans l’ancien temps,  dans des boucheries, on utilisait des écorces des bananiers ou des feuilles des bananiers pour emballer de la viande, on pouvait aussi utiliser des cartons. Mais aujourd’hui, pour emballer, on utilise des plastiques, un grand fléau dans la ville ». 

Pour lui, le grand problème, c’est qu’il n’y a pas d’alternatives pour ne pas utiliser les déchets plastiques. Cette situation s’observe presque dans tous les secteurs de la vie à Butembo. 

« On ne peut pas s’arrêter aux emballages des denrées alimentaires, comprenez même avec des médicaments, même pour les jus, les bouteilles, C’est toujours avec des emballages en plastique. Ça c’est un fléau et sans contrôle dans une grande ville. Allez-vous imaginer la manière dont on est en train de polluer le sol sur la ville de Butembo. En faisant l’évaluation, il n’y a pas un m2 sans déchet. Tout le monde revient de la ville avec un sachet. Si on doit les étaler l’un après l’autre, on va découvrir que toute la vielle est pleine des sachets », déplore-t-il.

De la gestion de ces déchets

La gestion de ces déchets est de plus en plus difficile. En ville de Butembo, il s’observe du méli-mélo. Pour Fataki Baloti, en voulant gérer ces déchets, on a mis dans chaque coin un tonneau où on met les déchets bio dégradables avec des plastiques. Mais, déplore-t-il, il y a ceux qui se servent de ces sachets pour chier, pour y mettre des urines, des matières fécales. 

« Ça fait que dans ces déchets, il y a un peu de tout, des déchets bio, des plastiques, des matières fécales, des urines… C’est dans ce tas-là. Et quand ça fait deux à 4 jours, des chèvres vont les éparpiller dans des places publiques et cela va provoquer des mouches qui vont trouver un asile sur ces déchets, etc. Conséquence : les sols sont pollués, les eaux polluées. Les sentinelles brulent aussi d’autres déchets qui proviennent des pharmacies chaque soir. Ça pollue aussi l’air et ça fait de Butembo un point de pollution énorme avec des déchets plastiques » s’inquiète-t-il. 

Par ailleurs, quand on les déplace, on les amène à côté des cours d’eau. C’est parfois à côté des cours d’eau de telle sorte que c’est la pluie qui aide à balayer la ville. 

« On laisse tout dans la nature, mais les bubolais n’ont pas arrêté des mécanismes de gérer les déchets plastiques », se désole Fataki Baloti.

Les conséquences des déchets sur l’environnement

Pour le point focal du groupe de travail thématique environnement et développement durable, les conséquences visibles, c’est que l’état de ces immondices constitue un danger public à la santé. Pour lui, il n’y a pas de principe de gestion de déchets. Il en est de même dans des talus. Le degré des pollutions des sols, des eaux, les cours d’eaux qui sortent d’ici vers d’autres rivières. 

« C’est nous qui surchargeons ces océans, la pollution de l’air, dans le sens où quand nous voulons résoudre le problème, nous brulons les déchets. Et c’est là qu’en période sèche, on voit la fumée sur les plastiques, la fumée avec la poussière, la fumée avec les transpirations des homes et des animaux et ça donne un air pollué chaque soir qui précipite les gens à des rhumes, des grippes, etc. L’homme est à la base de sa propre destruction de la santé publique de la communauté bubolaise », a-t-il fait remarquer. 

Quel rôle de la société civile dans cette bataille ?

La société civile de la ville de Butembo n’est pas du reste dans ce combat contre la pollution atmosphérique. Au stade actuel, il est question de procéder à la sensibilisation. 

« Il faut que chaque Radio donne un espace pour la sensibilisation, la communication et la mobilisation de toute la communauté sur la bonne gestion des déchets », fait savoir Fataki Baloti

Pour lui, dans les jours à venir, il sera créé en ville de Butembo des Noyaux de paix et de développement (NPD) qui se chargeront de la gestion des déchets. Tous les déchets seront gérés dans les ménages et “comme ça la voie publique sera dégagée”. La vraie place des déchets, c’est à l’usine pour en faire des dalles. Le travail de ramassage de ces déchets pourrait offrir des opportunités d’emploi à la jeunesse.

Philippe Makomera

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