Butembo : l’architecte Yves-Célestin Kananga plaide pour une réforme de l’urbanisme pour contrer les érosions
Les érosions et les affaissements intempestifs des terres dans différents coins de la ville de Butembo (Nord-Kivu) auraient plusieurs précédents qu’habitants et autorités semblent ignorer. Il s’agit d’une affirmation de l’architecte Kabambi Kananga Yves-Célestin après observation de plusieurs cas, notamment le récent, concernant le délabrement de la cellule Kavendivwa, au quartier Vustundo, dans la commune Kimemi.
Selon l’architecte Kabambi Kananga Yves-Célestin, certaines causes des catastrophes naturelles sur le sol à Butembo sont en grande partie de dimension climatique. À ce niveau, il explique que Butembo se situe dans une zone du climat subtropical humide ou climat équatorial des montagnes, appelé climat colombien, qui se caractérise par plusieurs saisons de pluies aux allures torrentielles impactant très négativement la capacité de portance du sol.
L’architecte parle également de la dimension géologique et géotechnique du fait que Butembo est bâti sur des sols argileux tropicaux appelés “kaolisols” et “hygrokaolisols” qui se caractérisent par des fortes teneurs en eau et avec contraintes admissibles du sol très faibles. D’autres dimensions, explique Kabambi Kananga Yves-Célestin, sont topographiques, urbanistiques et architecturales.
« Le facteur topographique : la ville de Butembo, quand vous l’observez, elle est bâtie dans une dépression constituée jadis des anciens dambos, surplombée par des collines. Alors, ça fait qu’avec l’urbanisation qui est anarchique dans la ville de Butembo, les gens construisent sans tenir compte des principes à la fois architecturaux et urbanistiques. Alors, ça crée un désordre. En créant ce désordre-là, toutes les eaux ruissellent vers les bassins versants. Je vois le cas de la rivière Kimemi, ou mieux la zone Wayimiria, et d’autres même du côté de Butembo. Ça fait que ça crée ce désordre-là, et la gestion des eaux devient un casse-tête. Et voilà pourquoi il y a toutes ces conséquences que nous pouvons observer dans la ville. Alors, sur le plan architectural, nous sommes en train de construire en ville de Butembo avec des personnes non qualifiées pour la construction. Et ça fait que nous construisons mal, simplement parce que le processus technique n’est pas suivi à la lettre. Et là, je vais évoquer la phase des études et conception, la phase de mise en œuvre. Il y a aussi la phase de l’exploitation qui se fait anarchiquement, l’absence évidemment de la phase d’entretien permanent. Tout ça, ça résulte évidemment de ce désordre qui s’observe sur le plan architectural, où tout le monde s’invite dans le domaine des constructions sans pour autant avoir qualité de le faire », a-t-il fait savoir.
Pour réparer ces défis, ce chercheur en architecture et en question environnementale recommande la restauration de la politique de l’urbanisation et de l’autorité de l’État pour réglementer le secteur de construction dans la ville et prévenir que chacun fasse ce qu’il veut.
À la même occasion, Kabambi Kananga Yves-Célestin a dit se rendre disponible pour apporter son expertise scientifique et technique à ceux qui veulent construire durablement dans les normes. Il recommande, pour la même cause, aux habitants d’avoir la culture d’écouter les experts urbanistes, architectes et ingénieurs en Bâtiments et Travaux publics.
Patrick Kalungwana