RDC : pour le cardinal Ambongo, l’injustice sociale est le moteur des coups d’État en Afrique
Le cardinal Fridolin Ambongo Besungu s'exprime lors d'une messe pour la béatification de Floribert Bwana Chui Bin Kositi, un Congolais tué en 2007 pour avoir lutté contre la corruption, dans la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome, en Italie, le dimanche 15 juin 2025. © AP Photo/Riccardo De Luca
Le cardinal Fridolin Ambongo lie les coups d’État ou leurs tentatives, en Afrique, à la répartition inéquitable des richesses ; et ainsi, au mauvais exercice du pouvoir. L’archevêque de Kinshasa souligne que la paix et la stabilité durables en Afrique exigent conversion, vérité, justice et égalité.
Le cardinal de la République démocratique du Congo s’est exprimé devant la presse à Rome où il a participé à la première session du Consistoire extraordinaire convoqué par le Pape. À l’en croire, aujourd’hui, l’unique chose qui compte pour de nombreux politiciens, c’est la richesse.
Et suite à cela, on est prêt à aller chercher cette richesse en recourant à n’importe quelle méthode. Malheureusement, selon le cardinal Fridolin Ambongo, les grandes puissances mondiales accompagnent cette situation.
“Il y a tout le problème de la gestion des ressources naturelles, qui est considérée globalement comme le continent qui renferme le plus de minerais, naturellement aussi la forêt, etc. Les autres pays, les autres puissances regardent l’Afrique, comme avait justement dénoncé le pape François à Kinshasa, comme un puits où on peut aller chercher ce qu’ils appellent aujourd’hui des minerais stratégiques, pour leur industrie, pour leur permettre de dominer le monde. Qu’ils viennent chercher, là n’est pas le problème, mais c’est la méthode que ces gens utilisent. On se sert parfois de certains Africains pour accéder aux minéraux, à nos ressources, mais seulement pour leur propre intérêt”, a-t-il dénoncé.
L’Archevêque de Kinshasa estime que la bonne manière d’assoir la paix et la stabilité en Afrique, c’est que chacun joue bien son rôle. D’abord la population, qu’elle agisse dans la vigilance et que les gouvernants privilégient l’intérêt communautaire.
“Je crois que la première chose, c’est d’abord de nous réveiller en tant qu’Africains, fils et filles de ce continent, pour que nous prenions conscience de notre rôle quant à la défense de ces ressources que Dieu a mises à notre disposition. Que nos dirigeants sortent de la logique : on accède au pouvoir pour s’enrichir, pour enrichir les gens de son groupe au détriment des autres, mais qu’on commence à concevoir le pouvoir en Afrique comme un service à rendre à la population. Tous ces coups d’État montrent clairement que l’exercice du pouvoir s’est passé mal en Afrique. Ceux qui sont tentés de monter des coups d’État, généralement, ce sont des gens qui se sentent frustrés, qui sentent que le gâteau est partagé entre une petite élite, un petit groupe, et la majorité n’a pas accès”, a-t-il opiné.
En 2025, l’Afrique a connu 2 coups d’État réussis en Guinée-Bissau et à Madagascar, avec une tentative majeure au Bénin. Ces cas s’ajoutant à une tendance de recrudescence des putschs depuis 2020, avec environ 10 coups d’État en cinq ans, impliquant des pays comme le Mali, le Burkina Faso, le Soudan, le Tchad, le Niger, le Gabon et la Guinée. Malgré de nombreux problèmes en Afrique, le Cardinal Fridolin Ambongo prêche l’espérance dans le Seigneur.
Visesa Louangel