Beni : la chute des prix du cacao attise les tensions communautaires
La chute du prix du cacao sur le marché a plongé de nombreux acteurs de ce secteur dans une situation financière préoccupante. L’Union des négociants des produits agricoles au Congo (UNEPROAC) signale des malentendus au sein de la communauté, principalement liés aux dettes accumulées et à l’incapacité de certains acheteurs à honorer leurs engagements. Elle appelle les membres de la communauté à privilégier le dialogue pour mettre fin aux conflits.
L’UNEPROAC, section d’Oicha, tente, avant tout, d’expliquer les facteurs de cette baisse de prix. C’est la loi de l’offre et de la demande qui est à la base, explique Kakule Kikuthika Seth, président de l’UNEPROAC, section d’Oicha, tout en rassurant que la situation pourra changer d’un moment à l’autre.
« C’est-à-dire les offres sont devenues beaucoup plus nombreuses que les demandes. C’est pourquoi il y a cette baisse. Mais quand les demandes deviennent à nouveau plus nombreuses que les offres, les choses vont changer. Soyons patients, continuons à travailler malgré cette situation. Même ceux qui ont contracté des dettes, allons-y lentement. Et ceux à qui nous devons, patientez-nous jusqu’à ce qu’on s’en sorte », a-t-il démontré.
Mathe Kilolo, conseiller de la même structure cette fois en territoire de Beni, évoque le fait que la communauté locale subisse le prix imposé par les consommateurs du cacao majoritairement à l’étranger. Il invite les acheteurs et les agriculteurs à continuer l’activité et à développer des mécanismes de conservation en attendant que le produit retrouve sa valeur sur le marché.
Reconnaissant les tensions entre producteurs et acheteurs autour du retard observé dans le paiement, Mathe Kilolo appelle à la retenue et invite les parties prenantes à privilégier le dialogue afin d’éviter les conflits communautaires.
« Nous avons tous constaté que le prix a baissé et qu’il y’a des pertes. Ne créons donc pas de tensions dans la communauté parce que nous vivons tous cette réalité. Tu es acheteur, tu as contracté une grande dette, vois comment manager pour rembourser cet argent. Peut-être que t’as une parcelle, tu peux la vendre pour payer ne fût-ce que la moitié de cette dette. Ne cherchez pas de prétexte. S’il y a même des chèvres ou autre chose que tu peux vendre, fais-le pour garder cette harmonie. Nous souhaiterions que les gens viennent d’abord au bureau de l’UNEPROAC, avant de recourir à la police. Là nous pouvons d’abord commencer à voir comment vous aider avant que la police n’intervienne », a-t-il conscientisé.
La chute du prix du cacao est intervenue alors que de nombreux acheteurs avaient déjà contracté d’importantes dettes auprès des producteurs et de leurs partenaires commerciaux. Plusieurs d’entre eux se retrouvent aujourd’hui dans l’incapacité de rembourser.
Selon des sources locales, certains opérateurs sont contraints de vendre leurs biens de valeur, d’autres font l’objet de saisies, certains autres encore ont carrément pris fuite. Une source à la PNC commune d’Oicha indique que plusieurs dossiers de ce genre sont actuellement en cours d’instruction devant les instances judiciaires locales. Dans certains cas, en l’absence des responsables de dettes en fuite, ce sont les témoins ou les personnes ayant servi de garanties qui sont interpellés par la justice.
Nganga Victor et Stanley Muhindo