Nord-Kivu : une déplacée de Lubero sauve le bébé de son amie tuée par les ADF et l’allaite comme son fils à Butembo
Les femmes déplacées vivant à Butembo endurent une situation de vulnérabilité particulière depuis qu’elles ont quitté leurs milieux de vie, en territoire de Lubero. Dimanche 01ier Mars dernier, nous avons rencontré une femme avec deux bébés de 4 mois chacun, l’un ayant perdu sa mère biologique en chambre de maternité suite à la cruauté des ADF.
Kavira Mulengya et d’autres femmes aux conditions similaires participaient à cérémonie de remise des biens aux déplacés, dans les enceintes de SHENIMED à Butembo. Elle et son amie venaient d’accoucher lorsque les sanguinaires ont fait le tour de salles pour massacrer. Incapable de sauver tout le monde, la femme accouchée a juste fui avec deux bébés, l’un de son amie tuée et l’autre fruit de ses entrailles.
« Je suis venue à Butembo avec deux enfants, je venais de mettre au monde. Un certains mardi, je venais d’accoucher avant la mère de cet autre enfant le vendredi de la même semaine. C’est la nuit de ce vendredi que les égorgeurs ont tué la mère de ce bébé ici avec qui je suis venu. Ces mêmes ennemis de la paix ont également tué la berceuse avec laquelle j’étais. Moi, ils me demandaient de leur donner mon téléphone de système Android, que je n’avais même pas. Sur le champ, ils ont tué la mère de cet enfant et sont partis. C’est là que je suis partie me cacher, et toutes les fois qu’il est rentré, il ne m’a pas vue. Il faisait des prières, moi je n’écoutais même pas la langue qu’il utilisait », raconte cette femme.
A Butembo où elle vit maintenant, Kavira Mulengya endurent des conditions de vie précaire avec au moins 10 enfants maintenant. Son mari qui se débrouille également à Butembo depuis que la famille est logée à Katsya n’arrive pas à subvenir à tous les besoins de subsistance. Elle plaide pour le rétablissement de la sécurité.
« Je n’ai vraiment rien à donner à ces enfants, puisque lorsqu’ils pleurent, je ne fais qu’allaiter… Nous comptons vraiment sur les efforts des autorités dans la recherche de la paix. Nous avons tout laissé, nos champs et tout », plaide-t-elle.
Elles sont nombreuses ces femmes aux conditions de vie difficiles dans les familles d’accueil ou dans les maisons prises en location à Butembo. Nombreuses se rappellent qu’elles ont servi comme béquilles des ADF dans les brousses pendant plusieurs semaines. Certaines nourrissent l’espoir de retrouver leurs foyers puisque, témoigne l’une des femmes interrogées, « l’égorgeur a aussi peur puisqu’il se déplace de colline en colline pour assurer sa sécurité lorsqu’il est frustré ».
Visesa Louangel