Beni : retour sur la paralysie des activités et les motivations de l’appel à la mobilisation citoyenne

À Beni, les activités socio-économiques sont restées paralysées toute la journée de ce jeudi à la suite d’un appel à une journée ville morte lancé par des groupes sociaux et certains acteurs politiques pour dénoncer la persistance de l’insécurité. L’appel a été largement suivi, entraînant une paralysie de plusieurs secteurs, notamment scolaire et économique, malgré le déploiement des éléments de l’ordre dans plusieurs coins de la ville.

Depuis le matin, des barricades étaient placées sur plusieurs grandes artères de la ville pour empêcher toute circulation. Certains groupes de jeunes ont ensuite manifesté dans la rue au courant de la journée. Les organisateurs, dont l’activiste Nick Junior, estiment que cette action a permis de faire entendre la voix de la population face à la persistance de l’insécurité.

Jusqu’au jour où nous continuons à compter des morts et on en a marre. C’est comme ça que la population de Beni, tout à l’heure, remercie encore une fois tous ceux qui ont accepté de fermer bonnement leurs activités, ils ont séché leurs activités. C’est une manière pour nous de dire à ces autorités qu’on en a marre avec l’insécurité et qu’elles doivent réfléchir davantage pour essayer de donner le minimum. Le minimum pour nous, la population de Beni, c’est la sécurité. Tant qu’elles ne seront pas capables de nous donner la sécurité, je vous assure, nous continuerons et nous les pousserons à agir”, a-t-il insisté. 

En réaction, l’acteur politique Bernard Kapitula dénonce une initiative qui, selon lui, ternit l’image de Beni, accentue la souffrance de la population et renforce l’état de siège.

Ce n’est pas en faisant souffrir la population civile comme ça qu’on peut obtenir le départ de l’état de siège. Au contraire, ces manifestations ont tendance à montrer à l’opinion nationale et internationale qu’ici la situation est invivable et qu’il y a encore nécessité de l’état de siège parce que l’ordonnance qui avait instauré l’état de siège était claire, que l’état de siège ne sera levé que quand on va apprécier la situation sur le terrain”, a-t-il rappelé. 

Des arrestations signalées 

La synergie des mouvements citoyens et groupes de pression dénommée “Front pour Beni” dénonce des arrestations de plusieurs citoyens au cours de la journée ville morte de ce jeudi en ville de Beni. Elle fustige des arrestations qu’elle qualifie d’arbitraires, ainsi que l’extorsion de téléphones et de biens appartenant à certains civils lors des interventions des forces de l’ordre. 

Nick Junior, membre de cette synergie, exige la libération des personnes interpellées et l’ouverture d’enquêtes sur des cas de tortures et d’extorsion.

Nous condamnons fermement le comportement des militaires au niveau du Kangaibe, où ils ont arrêté arbitrairement les jeunes, les mamans, qui étaient dans leurs parcelles. Ils les ont ravis des téléphones, et ça, nous croyons que la justice militaire va s’occuper de ces gens. La deuxième chose, c’est l’arrestation de trois jeunes qui étaient au cimetière de Kibango, là où loge notre compatriote Delcat Idengo. Ça, nous croyons qu’ils seront libérés. La troisième chose, c’est l’arrestation arbitraire de la combattante des militants des Amis de la Liberté. Au niveau de la mairie, elle était en train de marcher toute seule, juste parce qu’elle est indignée. On l’a arrêtée arbitrairement, et elle a été traitée par les policiers qui se sont commis au niveau du centre de capture. Nous croyons que de telles intolérances, nous n’accepterons pas, et ce sont des choses qui nous poussent à être dans la rue. Donc, nous sommes en train de croire que c’est maintenant ou jamais, où ces gens d’abord doivent être libérés, et où tous ces gens qui ont commis des bavures, être arrêtés et jugés”, a-t-il plaidé. 

En réaction, la porte-parole de la Police nationale congolaise (PNC), commissariat provincial du Nord-Kivu, Yvette Kaseso, confirme quelques arrestations tout en indiquant que certains individus ont déjà été libérés.

Jusqu’à tard dans la soirée, la situation est restée tendue, avec une circulation toujours timide et des altercations entre des groupes de jeunes et les éléments de l’ordre.

Milan Kayenga

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