Cinéma : le réalisateur Wahems place l’amour au-dessus des matières premières dans le film BORRO 

L’exposition première au public un peu élargie du film « Borro » a été faite le samedi 16 mai 2026. Borro est une œuvre cinématographique produite par des jeunes de Butembo en collaboration avec leurs frères d’art d’autres villes de la RDC, voire de l’étranger. Le monde, constitué des animateurs et opérateurs cultures, des journalistes, des services étatiques du secteur culturel et d’autres intéressés du film, a été accueilli dans un local à Believe Hotel pour zyeuter Borro, pendant au moins une heure et près de 10 minutes. 

Ce jour, Wahemukire Moise, alias Wahems, réalisateur du produit, s’est confié à RADIOMOTO.NET pour expliquer le contenu de Borro. Borro, explique-t-il, consiste en une prédication de l’amour. 

« Au-delà des matières premières, de l’or, du diamant qu’on peut envier, il y a encore de la plus précieuse que tout : c’est l’amour. Dans Borro, au lieu de tomber sur de l’or, ils (les acteurs) sont tombés sur le Cœur qui symbolise l’amour. Ils ont opté pour partager ça pour le monde afin que l’amour règne en maître », a-t-il fait savoir. 

Voici l’intégralité de l’interview que Wahemukire Moise, alias Wahems, réalisateur de Borro, nous a accordée. Des propos recueillis par Patrick Kalungwana (PK).

PK : Dites-nous, comment vous vous sentez quand la première projection au public de BORO est finie.

Wahems : Je me sens vraiment soulagé parce que ça faisait longtemps. On avait aussi la pression des amis, soi-disant que ça traine, alors que ça ne dépendrait pas vraiment de moi. Et je me sens vraiment très fier et très honoré par la présence de nos partenaires, Kivu Deal, le complexe scolaire Mwira et beaucoup d’autres qui nous ont soutenus. Je suis content pour la contribution du coach Walter Mulondi et de Monsieur Jimmy Visika qui ont donné aussi un coup de pouce. Ils sont des coproducteurs du film Borro. Donc le film Borro a 3 producteurs. Il y a Afric’Arti, B-Movie, notre structure, Walter Mulondi et Jimmy Bisika. Je suis vraiment content de voir que la salle est pleine, les gens se sont mobilisés, ils ont abandonné leurs affaires, ce soir, pour être là, avec nous, et donc c’est une réussite pour moi.

PK : Vous êtes le réalisateur de ce film. Vous pouvez nous dire le contenu de Borro?

Wahems : Bon. Premièrement, je tiens à souligner que le film Borro est comme la moitié du projet. Donc dans l’idée, nous voulons faire la suite du film Borro. Si vous avez bien suivi, à la fin on a écrit « à suivre », donc du contenu du film Borro, on veut d’abord prêcher l’amour, donc on se dit que, au-delà des matières premières, de l’or, du diamant, tout ça, il y a encore quelque chose de plus précieux que tout ça, c’est l’amour. Et dans le film Borro, au lieu de tomber sur de l’or, ils sont tombés sur le cœur. Vous avez vu, cette image là où il y a le cœur avec les mains, ça symbolise l’amour. Ils ont opté pour partager ça partout dans le monde afin que l’amour puisse régner. Et d’ailleurs, c’est ça l’idée pour la suite du film. On se dit, si l’amour régnait, à quoi ressemblerait le monde. Et voilà donc la suite du film Borro que nous allons tourner si on trouve des personnes qui vont nous soutenir dans ce projet-là.

PK : Et alors, comment on peut obtenir Borro, comme on vient d’assister à ça ?

Wahems : Ah ! Pour l’instant, d’abord, on essaie de ne pas mettre ça sur YouTube comme il y a des festivals nationaux, là où on a posté le film. Voilà ! C’est comme ça qu’on dit là où on a posté ça. On est en train d’attendre leur feedback. Donc si on mettait ça sur YouTube, ça pouvait nous freiner, en tout cas, de participer. Mais aussi, on a essayé de le mettre sur Flash codé. Donc pour toute personne qui voudra suivre, il faut passer au bureau d’Afric’arti mais aussi au bureau de FM Distribution. Bien plus, nous sommes en train de nous organiser et de voir comment communiquer officiellement pour cette œuvre, mais aussi il y a Kivu Deal qui nous a appuyés aussi pour la projection à l’hôtel Butembo, à l’hôtel Beni mais aussi au niveau de Kinshasa et ça, en tout cas, ça nous donne un coup de pouce parce que ceux qui n’ont pas suivi ça à Butembo vont suivre ça à Beni comme à Kinshasa. Et les gens qui n’étaient pas ici à Believe Hotel, ils seront à l’hôtel Butembo. Voyez un peu, donc nous voulons que cette œuvre soit consommée par la population de Butembo. Lorsque « Hulai » avait été lancé, c’était à l’étranger, mais nous nous sommes dit non, non, nous sommes Bubolais, il faut que la force commence chez nous. C’est comme ça que nous nous sommes dit : il faut qu’on fasse ça ici et on verra ce que ça va donner.

PK : Et alors, s’il y aura des prochaines projections, quelles sont les dates déjà prévues?

Wahems : Bon ! La date n’est pas encore calée jusque-là. Mais moi personnellement, en tant que coordonnateur d’Afric’arti et réalisateur du film, je proposerais que nous projetions le film même au rond-point VGH, que ça soit vraiment gratuit, que tous les habitants de Butembo puissent voir le film de chez eux. Mais tellement que ça demande un peu de dépense, la logistique, tout ça, donc, on a besoin des personnes qui peuvent nous soutenir pour que nous puissions projeter aussi là-bas dehors, donc, à la portée de tous les Bubolais. On a besoin du soutien des sponsors qui peuvent se prononcer, en tout, cas ils sont les bienvenus.

PK : Vous avez noté l’absence des personnes adultes dans la salle de projections du film, est-ce un défi ?

Wahems : En tout cas, vous savez, ici chez nous, la plupart des adultes ont souvent tendance à penser que le cinéma c’est pour les jeunes. Ils pensent que c’est une distraction alors qu’en réalité ce n’est pas ça. D’ailleurs, je tiens à remercier les adultes qui nous ont soutenus par leur présence, entre autres maman Kamungele, papa Jackson CETRACA, ils ont tourné dans le film, il y a aussi papa Albati, il a aussi tourné dans le film, aussi Séverine qui est en France, Magali en France. En fait, il y a plusieurs personnes qui nous ont fait confiance. Ils ont tourné dans le film, pourquoi pas le maire de la ville figurer aussi dans le film prochainement ! Vous voyez, chez les blancs, ce sont des personnes adultes mieux placées et hautement positionnées dans la politique qui tournent le film, voyez un peu. Pour eux le cinéma, c’est le business. Pourquoi ne pas le faire ici à Butembo. Nous sommes en train de voir comment nous irons les voir pour essayer d’expliquer le projet et tourner avec nous pour la fierté de notre communauté.

PK : Pour poursuivre la précédente question, dites-nous, à l’occasion, l’importance de suivre un film ou d’en être acteur ou spectateur, dites-nous.

Wahems : Premièrement, quand on tourne dans un film, on est en train d’écrire une histoire, surtout que les contenus de nos films sont des contenus qui éduquent, qui instruisent, qui construisent. Voyez un peu, quand vous venez jouer aussi à notre film, ça veut dire que vous contribuez aussi à la philosophie de chez nous. La génération qui viendra après saura qu’il y eut un papa tel, papa Kasereka, papa Kambale, maman telle, etc., qui avait contribué afin que la société aille de l’avant.

PK : Nous sommes dans une zone marquée par les conflits armés. Vous avez aussi axé votre film sur la thématique qui traite des groupes armés. Nous avons d’ailleurs vu des groupes armés, des milices, dans des scénarios. Quel est le message lancé à la population face à l’insécurité à travers ce film ?

Wahems : Bon ! Premièrement, chez Africarti, nous sommes des artistes qui prônons la paix, raison pour laquelle dans toutes nos œuvres, la paix ne peut pas manquer. Voyez un peu. Mais aussi, nous sommes à l’Est. On dit souvent que l’artiste s’inspire de ce qui l’entoure, de ce qu’il voit, de ce qu’il entend. Nous vivons ça, vous voyez un peu. Ce qui fait que ça nous concerne directement et nous devons parler de ça. C’est toute une histoire, mais nous voyons et nous faisons en sorte que notre message ne donne pas de négatif, de haine, mais plutôt un message de pardon, d’unité, de cohabitation pacifique. C’est un peu dans ce sens-là. Parce que j’essaie d’imaginer si ce qui se passe aujourd’hui reste perpétuel et que dans nos films qu’on tourne la même chose sans même montrer la porte de l’espoir, ça cause problème. Et on peut se demander si l’histoire se répétera ainsi jusqu’à quand. Il n’y a personne pour nous consoler, pour nous aider, mais quoi faire encore…  ! Voilà ce que nous essayons de transmettre à travers nos œuvres pour dire aux gens que peu importe ce qui se passe aujourd’hui, un jour ou l’autre on finira par vivre en paix. Parce que si vous remarquez, même au-delà des films, il y a un tableau appelé la « Toile de la paix » que nous faisons passer dans des provinces, dans des villes par ici, par-là toujours, pour promouvoir la paix. Donc, on se dit que si on ne fait pas la promotion de la paix, personne d’autre ne peut le faire. Un petit message pour les autorités, comme je l’ai dit pendant le lancement, je disais que le cinéma, c’est quelque chose qu’il ne faut pas négliger, le cinéma est une arme vraiment efficace, ça je le garantis. Donc si on tourne d’une manière négative, on peut détruire toute une communauté, donner une réputation vraiment négative à toute une communauté, et si on peut tourner ça dans le sens positif, ça fait vraiment la fierté de la communauté. Donc au travers du cinéma on peut changer un brigand, il devient doux, et à travers le cinéma encore on peut changer un homme doux en brigand à travers des scénarios. Nous avons toujours vu, par exemple, dans des films étrangers, quelqu’un qui a vu Chuck Norris en train de gifler quelqu’un, lui aussi veut imiter, la haine, tu vois. Mais nous, on se dit non, il faut essayer d’éviter toutes ces choses-là, qu’on essaie de montrer les choses qui peuvent aider la société. Vraiment, il faut soutenir le cinéma et les artistes qui produisent parce qu’ils ont une puissance. C’est un peu ça.

PK : Vous avez parlé justement de l’amour à travers ce film, il y a, dans l’actualité, des autorités qui se bagarrent, qui se disputent entre elles. Est-ce qu’on peut dire que ce message les concerne également?

Wahems : Oui, en tout cas, vous voyez, des fois, comme on n’a pas la possibilité d’approcher chaque autorité. Nous, nous rencontrons avec les unes, mais pas les autres. Mais on s’est dit qu’avec le film, là où il est assis chez lui, il va suivre le film là-bas, et le message, donc le contenu du film, il va suivre ça aussi. Et donc ça c’est aussi une autre manière de nous exprimer, de montrer aux autorités et leur montrer aussi ce que nous pensons pour l’avenir, c’est un peu ça.

PK : Monsieur Wahems, en finissant, est-ce que vous pouvez revenir sur le résumé de ce film, Borro ?

Wahems : Ok merci. Dans ce film, il y a des gens qui voulaient aller chercher de l’or dans la forêt, mais au lieu de trouver de l’or, ils sont tombés sur une carte, mais aussi sur une image, un cœur, donc l’image qui symbolise l’amour. Donc c’est pour montrer aux gens qu’au-delà de l’or, du diamant, au-delà de toutes ces choses-là, il y a une chose très importante, c’est l’amour. Donc, c’est ce que les acteurs ont déterré. L’amour était caché depuis longtemps. C’est pour cela que quelqu’un s’assoit pour créer le coronavirus, pour tuer les gens, quelqu’un qui est chez lui en train de planifier les choses pour massacrer les gens et voilà que l’amour était déjà enterré. Et voilà donc, dans le fond de Borro, on essaie de montrer l’amour qui est déterré. Alors, la suite de  Borro sera de montrer aux gens que « à quoi peut ressembler le monde si l’amour régnait ». Le message est de prêcher l’amour universel, que je suis ton frère, tu es mon frère, le Français c’est mon frère, je suis son frère, le Burkinabé est ton frère, tu es aussi son frère, c’est un peu ça le message du film Borro, oui.

PK : Monsieur Wahems, le réalisateur du film Borro, un petit commentaire sur le concept du titre « Borro »! 

Wahems : Des fois, ici chez nous les titres des films causent problème. Bon, laissez-moi expliquer : donc dire « Borro », c’est que nous nous sommes inspirés de deux termes : « Borne » C’est là où les Belges déposaient leurs matières premières avant de fuir, avant de quitter notre pays. Ils faisaient des bornes là-bas puis ils enterraient les matières premières là-bas. Il y a aussi « Or ». On connaît de l’or en fait, l’or pur. Alors nous avons pris « bor » et « or ». Quand on essaie de mélanger les deux, ça nous a donné Borro. Le film cadre avec les matières premières, la recherche des minerais. C’est un peu ça « boro », ce n’est pas comme les gens pensent, comme ça sonne à l’oreille (rire).

PK : Merci pour ces réponses à nos questions.

Wahems : C’est nous qui vous remercions, merci beaucoup.

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