Butembo : Julienne Matunda déconseille des arrangements à l’amiable et insiste sur la dénonciation des violences sexuelles

À Butembo, la prévention des violences sexuelles liées aux conflits ne doit plus être considérée comme une responsabilité réservée aux seules familles des victimes, aux organisations humanitaires ou aux services de prise en charge. Derrière chaque cas de violence sexuelle, il y a une dignité brisée, une famille affectée et une communauté toute entière interpellée. 

Face à cette réalité, une question se pose : comment agir avant que la violence ne se produise ? Comment faire de nos quartiers, de nos avenues et de nos villages des espaces où les femmes, les filles et toutes les personnes vulnérables peuvent vivre en sécurité ? La réponse passe par un engagement collectif : mobiliser la communauté, dénoncer sans détour, faire appliquer la loi congolaise et refuser toute complaisance envers les agresseurs. 

Les violences sexuelles liées aux conflits ne sont pas une fatalité ni une affaire privée : toute la communauté de Butembo doit se mobiliser pour briser le silence. La loi de 2006, la fin du compromis financier et le refus de l’impunité dans nos avenues de Butembo, le silence et les compromis de couloir ont trop longtemps servi de refuge aux agresseurs. Pourtant, la République démocratique du Congo dispose d’un arsenal juridique sans équivoque. Madame Julienne Matunda, juriste et actrice de protection VBG à Butembo, rappelle la portée de la loi.

« La législation congolaise déjà, il y a deux lois qui sont en vigueur qui prévoient et qui punissent sérieusement les actes de violences sexuelles et de violences sexuelles liées aux conflits. En l’occurrence, nous avons cette loi de 2006 que nous appelons la loi de violences sexuelles. Cette loi reprend les différentes formes : si je peux le résumer, il y a 16 formes que cette loi avait prévues pour punir les actes de nature sexuelle sans le consentement de la personne », a rappelé Julienne Matunda. 

Mais dans la pratique, certaines familles tentent encore de troquer la justice contre de l’argent ou du bétail pour « étouffer le scandale ». Une erreur fatale que dénonce fermement Julienne Matunda.

 « Je suis en train de déconseiller beaucoup de familles qui font recours aux arrangements à l’amiable. La famille peut se dire que notre fille, par exemple, a été victime de violences sexuelles… et qu’avec le présumé auteur on peut s’arranger moyennant le paiement de quelque chose. C’est une chose qu’on décourage et on martèle sur ça : prière de ne pas procéder ainsi, parce que là vous encouragez l’impunité ! C’est comme si vous donnez le courage au présumé auteur de continuer à commettre ces actes barbares, parce qu’il se dit : « Je dois juste payer les amendes que la famille demande, et je serai sauf dans mon coin ». Et là, c’est vraiment encourager l’impunité », a-t-elle insisté. 

La loi congolaise de 2006 sanctionne 16 formes de violences sexuelles. Les arrangements à l’amiable sont une faute grave qui entretient la récidive. La dissimulation de preuves est un crime, le secret médical et judiciaire est garanti. Autre mise en garde capitale : le silence complice. Quiconque assiste à une agression, la dissimule ou efface des preuves tombe sous le coup de la loi au même titre que l’agresseur.

« En tout cas, quand vous êtes témoin de violences sexuelles liées aux conflits ou que vous êtes victime de violences sexuelles, prière de toujours dénoncer. Ne dissimulez pas les preuves, parce que vous serez considéré comme un complice. Et un complice est puni à la même hauteur que celui qui est auteur ! », a-t-elle poursuivi. 

Car laisser le crime impuni, prévient la juriste, revient à condamner à feu doux toute la collectivité de Butembo.

« Dans l’avenir, les conséquences seront très remarquables parce que ça détruit la communauté. C’est comme si c’est un petit feu qui est en train de nous manger de l’intérieur ! Donc, prière pour la communauté, prière pour les familles de ne pas taire les actes de violences sexuelles », conscientise-t-elle. 

Dénoncer est un impératif, mais encore faut-il que la victime trouve une oreille attentive et une assistance adaptée dès les premières heures. Celui qui dissimule des preuves est puni comme l’auteur principal. Les structures de prise en charge assurent une confidentialité absolue. Comment reconstruire une vie après le choc ? L’accompagnement commence par l’écoute et l’information sur les droits. C’est la victime elle-même qui choisit son parcours, comme l’explique Philémon, acteur d’assistance et parajuriste.

 « On accompagne la victime en l’informant d’abord sur ses droits, et ce qu’elle doit faire pour recouvrer sa personnalité telle qu’elle est du point de vue du droit. Dès qu’on a fini ces orientations, c’est vraiment toutes des étapes à franchir. Il faut faire comprendre d’abord à la victime pour qu’elle choisisse. Si elle ne veut pas qu’on amorce une procédure judiciaire, ça dépendra du parajuriste ou de celui qui est en train de l’orienter. Et si elle est prête pour aborder ce schéma-là judiciaire, ok ! Si c’est juridique, là on va juste l’informer de ce qu’elle a perdu, de ses droits et comment elle peut les recouvrer », confie Philémon Kalondero. 

Mais soigner les traumatismes physiques et juridiques ne suffit pas. Le viol détruit souvent l’autonomie économique et la place sociale de la femme. L’ergothérapie devient alors un levier de résilience.

« Lorsqu’on est victime, il y a certains faits sociaux qui semblent être perturbés. Ça peut être sa propriété qui a été affectée, sa personnalité dans la société qui a été affectée. Et donc il faut essayer de faire, grâce à une ergothérapie, voir quelles sont ses potentialités futures qu’on peut exploiter pour sa vie future. C’est pourquoi il faut qu’on envisage une réinsertion socio-économique, pour la stabiliser convenablement. Parce qu’on suppose que lorsqu’elle a été affectée, elle est instable. Il faut qu’elle passe de ce stade d’instabilité au stade de la stabilité », a-t-il poursuivi. 

En somme, quelle est la clé d’une prise en charge réussie à Butembo ? La réponse de Philémon tient en une formule limpide.

 « L’assistance est complète : elle est médicale, elle est juridique, elle est psychosociale et socio-économique », a-t-il précisé. 

Le circuit d’assistance repose sur quatre piliers indissociables : médical, juridique/judiciaire, psychosocial et réinsertion socio-économique. Prévenir les violences sexuelles est une responsabilité qui nous concerne tous : parents, jeunes, chefs coutumiers, enseignants, autorités judiciaires et soignants. Briser le cycle de la violence, c’est refuser le silence complice, bannir les arrangements à l’amiable, orienter immédiatement les victimes vers les centres de santé et garantir la justice. Protéger une femme, une fille ou toute personne vulnérable, c’est protéger la dignité et l’avenir de Butembo.

Georges Makeo 

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