Lubero : inquiétude face à la rareté des poissons sur le marché de Kipese
Depuis plusieurs années, le marché de Kipese vit au rythme d’une rareté inquiétante des poissons. Les prix grimpent, et dans une économie fragile, les habitants n’ont presque aucune chance de s’en procurer. Beaucoup se rabattent sur des poissons congelés, du Makayabo, des fretins fumés ou, faute de moyens, sur les légumes. Du côté des boucheries, la situation n’est plus encourageante.
Sur les étals du marché ce vendredi 2 octobre 2026, quelques poissons venus des villages lacustres de Kisaka, Musenda et d’ailleurs attirent les curieux. Mais leur coût décourage.
Les habitants, serrant leurs billets en main, d’autres glissés discrètement dans les nœuds de leurs pagnes, lorgnent impuissamment cette ressource alimentaire délicieuse, avant de se résigner à chercher un plan B. Madame Katulamo, revendeuse de poissons, raconte combien la situation s’est bouleversée ces dernières années.
« Ce n’est pas nous qui fixons les prix. À Vuholu, un poisson se vend à 7 000 francs congolais. Quand j’arrive ici, je le propose à 8 000 francs congolais. Si je l’achète à 8 000 francs congolais, à Vuholu, il est normal de le revendre à 10 000 francs congolais, car les frais de transport ont fortement augmenté, atteignant près de 65 000 francs congolais pour arriver à Kipese. Certains commerçants préfèrent désormais se ravitailler à Butembo. Les poissons Thomson sont moins chers et aujourd’hui sont plus consommés », a-t-elle confié.
Kasereka Wanzavalere Patrick, pêcheur de passage à Kipese pour des raisons commerciales, confirme la baisse dramatique de la production au lac Édouard. Il explique que les pêcheurs sont désormais interdits d’accès aux eaux profondes par la police lacustre, les forces navales et les gardes du parc. Ce qui fait que les filets se vident.
« La rareté de cette espèce se prolonge. Les gardes-parc nous empêchent de dépasser 20 mètres des rives alors que le poisson ne se trouve qu’à partir de 35 mètres. Cette limitation aggrave la pénurie. Nous souhaitons être autorisés à accéder aux zones profondes pour améliorer notre pêche », a-t-il plaidé.
Dans les boucheries par contre, l’air semble lourd et les clients hésitent devant les prix affichés : 20 000 francs congolais pour un kilogramme de viande de bœuf ou de chèvre, 16 000 FC pour le porc. Ces chiffres, répétés par les vendeurs installent une fracture alimentaire visible.
Ici, à Kipese, l’inégalité se lit dans les assiettes, entre ceux qui peuvent encore se permettre un morceau de viande ou de poisson, et ceux qui n’ont pas de choix que de se contenter de légumes.
Ghislain Siwako