Butembo : « Au-delà de ton silence », un ouvrage collectif en hommage au Père Kishindo Matolu Aymar verni à l’Institut Kambali

Il est des disparitions qui laissent derrière elles un silence difficile à habiter. Mais il est aussi des silences que la littérature choisit de traverser. C’est dans cet esprit qu’est né « Au-delà de ton silence », un ouvrage collectif conçu en hommage au père Kishindo Matolu Aymar, et présenté comme un livre de deuil, de mémoire et d’espérance. Son vernissage a eu lieu jeudi 1ᵉʳ octobre 2026, à l’Institut Kambali où il était préfet d’études.

Les cérémonies y relatives ont eu lieu dans la salle polyvalente Ouest de l’Institut Kambali, en présence des acteurs de l’éducation de cette école, des membres de la famille de Feu Père Aymar et des amis de la littérature.

Genèse d’une anthologie née du deuil

En premier, le Père Emmanuel Kisomo, représentant des Éditions Tristelles, a pris la parole, ce jour, pour étayer au public l’origine de cette aventure.

« À l’origine de cette aventure, on a une question profondément humaine : comment dire au revoir à quelqu’un que l’on a connu, apprécié et dont la disparition nous a profondément touchés. Les Éditions Tristelles, qui connaissaient particulièrement bien le père Kishindo Matolu comme enseignant, proche de plusieurs auteurs et collaborateurs, et habitué de la Tristelle Librairie, ont choisi de répondre à cette douleur par les mots », a raconté le Père Emmanuel Kisomo.

C’est dans ce cadre que, le 5 août 2026, ajoute la même source, ces Editions ont lancé un appel aux écrivains et aux poètes de leur réseau. L’objectif simple mais symbolique consistait à écrire autour de la mort afin de composer une anthologie capable de dire autrement l’adieu au disparu.

Le Père Emmanuel Kisomo a renseigné que les textes arrivaient progressivement de la part des écrivains, des religieux et de plusieurs proches pour prêter leur plume à « Au-delà de ton silence », cette œuvre de mémoire. Les enseignants et les élèves de l’Institut Kambali avaient, à la suite, été associés au projet, ainsi que les proches du défunt.

« Le professeur Rodrigue contribue à la collecte des textes, tandis que le Père préfet (actuel) de l’Institut Kambali accompagne cette démarche. Ce qui n’était au départ qu’une initiative des Éditions Tristelles devient alors une œuvre véritablement collective. Écrivains, enseignants, élèves, religieux, parents et amis se retrouvent autour d’une même volonté : faire entendre plusieurs voix pour que le souvenir du père Kishindo Matoli ne se perde pas dans le silence », pouvait-on ouïr du Père Emmanuel Kasomo.

Un livre de mémoire devenu œuvre collective

Au-delà de ton silence a paru la veille du quarantième jour du décès du Père Aymar. Le livre est d’abord celui du deuil, parce qu’il porte la douleur d’une absence. Il devient ensuite celui de la mémoire, parce qu’écrire permet de conserver la trace d’une vie et de ce qu’un homme a semé autour de lui.

Mais il est surtout, selon le contenu, un livre d’espérance, car la mort, rappelle en substance le Père Emmanuel, n’a pas nécessairement le dernier mot. Ce qui demeure, ce sont les gestes, les enseignements, les souvenirs et les traces laissées dans la vie des autres.

Ainsi, à travers la poésie et la littérature, une absence devient présence. Le silence devient parole. Et le deuil individuel se transforme en mémoire collective.

Au-delà de tout silence n’est donc pas seulement un livre consacré à la mort. C’est un livre qui raconte la vie à travers ceux qui restent, ceux qui se souviennent et ceux qui choisissent de transmettre. Un livre né du deuil, devenu œuvre de mémoire, et offert à la communauté comme un témoignage d’espérance.

Un héritage vivant pour la jeunesse

Lors des cérémonies de baptême de « Au-delà de ton silence », le préfet actuel de l’Institut Kambali, le Père Paulin Vyakuno Karongo, a démontré que ces cérémonies ont consisté à honorer une mémoire, la mémoire d’un éducateur, d’un formateur, d’un ministre de Dieu.

« Il a fortement marqué, de son emprunte, l’éducation de toute une génération », a reconnu le Père Paulin Vyakuno en souhaitant que le livre soit le témoignage vivant de son héritage, de ses valeurs, de son amour pour le savoir. Un autre souhait du préfet de Kambali consiste en ce que chacun se procure « Au-delà de ton silence » afin qu’il serve surtout la jeunesse.

Pour les apprenants de Kambali, outre ce vernissage, il faudrait que chaque personne apprenne à vivre au-delà de soi-même.

« Nous savons bien que le Père Aymar est mort, mais nous savons également qu’il continue de vivre. Il continue de vivre à travers ses œuvres. Si aujourd’hui nous pouvons dédier ce livre à Feu Père préfet, ce n’est pas parce que parce que lui a écrit ce livre. C’est plutôt parce que le livre est écrit pour lui, c’est parce qu’il a vécu en servant les autres. Nous, comme jeunes, quand nous sommes encore en vie, nous aimons vivre pour satisfaire nos intérêts. Nous vivons avec un ego surdimensionné. Dans ce cas, si nous mourrons, on ne peut pas se souvenir de nous, parce que nous faisions tout pour nous-même. Mais si nous intégrons en nous l’habitude de vivre pour servir les autres, je crois, nous aussi, lorsque nous disparaitrons, nous continuerons de vivre », a conscientisé le Doyen des élèves de l’Institut Kambali.

Le discours a été le même du côté des membres de la famille de Feu Père Aymar Kishindo avec un salue à tous ceux qui ont manifesté leur attachement à leur frère.

En rappel, le Père Augustin Assomptionniste Aymar est né au Ciel le 31 Juillet 2026 aux Cliniques universitaires de l’UCG après une longue période de Maladie. Son corps repose en paix, depuis le 04 Août 2026 au cimetière de sa Congrégation en cellule Mahamba, dans la ville de Butembo, au Nord-Kivu.

Patrick Kalungwana

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