Sud de Lubero : un an sous l’administration du M23, des habitants parlent d’un “quotidien de désespoir”
En prélude du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance de la RDC, les habitants du sud du territoire de Lubero, sous administration du M23 depuis un an, expriment un profond désespoir face à leur quotidien. La population dénonce une baisse drastique du niveau de vie, des souvenirs traumatisants de leur fuite, une incertitude du lendemain et un déséquilibre socio-économique généralisé.
Les témoignages recueillis ce week-end sont accablants. De nombreuses personnes se sentent abandonnées par le pouvoir central et estiment que la vie est devenue « presque intenable ». Un habitant se remémore avec douleur le 29 et 30 juin, jours où il a dû fuir « transportant des bagages très lourds à [son] dos, tirant derrière [lui] enfants et bétail », perdant même 3 000 dollars volés par des hommes armés durant son exode.
L’économie locale est paralysée. Une femme déplore l’impossibilité de vendre ses cossettes sèches de manioc, dont le prix a chuté de 40 dollars à seulement 10 dollars pour un sac de cent kilogrammes depuis l’arrivée du M23. Les opérateurs économiques font face à des taxes « inexpliquées » et des sommes exorbitantes exigées pour le passage de camions aux barrières érigées sur la route nationale numéro 2.
Le calendrier scolaire est fortement perturbé. Alors que les examens de fin d’année sont terminés dans d’autres régions, certaines écoles du sud de Lubero les passent encore, tandis que d’autres prévoient de fermer début août. Aucun signe de célébration de l’indépendance n’était visible dans ces zones.
« Même quand on nous paie notre salaire, alors que nous demeurons dans la peur permanente, nous ne savons pas nous réjouir », confie un enseignant.
Pour la population, la fête de l’indépendance se célèbre « à l’ouest du pays, dans des zones sous contrôle du gouvernement ». Malgré leur calvaire, les habitants du sud de Lubero gardent espoir que l’accord de paix entre le Rwanda et la RDC, signé ce vendredi à Washington, puisse enfin améliorer leur situation.
La Rédaction