Ituri : calvaire des pygmées déplacés de Bafwakoa à Nia-Nia
Depuis l’attaque sanglante des rebelles ADF le 2 avril dernier à Bafwakoa, des centaines de Pygmées ont tout abandonné pour sauver leur vie. Aujourd’hui, ces premiers citoyens de la République vivent l’enfer du déplacement à Nia-Nia et ses environs.
Le sol pour matelas, la voûte céleste pour seul toit. À Nia-Nia, le quotidien des Pygmées déplacés de Bafwakoa est une lutte de chaque instant. Chassés de leurs forêts par la barbarie des ADF, ils se retrouvent aujourd’hui sans rien. Pas de nourriture, pas d’eau potable, et encore moins de soins médicaux. Ici, la précarité frappe d’abord les plus fragiles.
Parmi ces déplacés, des femmes enceintes scrutent l’horizon avec angoisse. Sans aucun moyen financier, elles ignorent comment elles pourront donner la vie dans de telles conditions. Privés de leurs moyens de subsistance traditionnels, ces hommes et ces femmes n’ont plus qu’une seule arme : leur voix pour appeler à l’aide et réclamer le retour de la paix.
« (I) Faim et soif, voilà la réalité cruelle que nous sommes en train de supporter ici à Nia-Nia. Tous, avec les enfants. Plusieurs femmes d’entre nous sont enceintes ici, qui viendra pour les suivre de près jusqu’à la naissance ? Il n’y a vraiment pas d’argent. (II) Nous, on attend que tout redevienne vraiment à la normale. Pour que nous puissions regagner nos champs (III) Moi je suis puisque je ne savais plus endurer… Nous, on est vraiment innocents, on se demande jusqu’où on va aller avec ce pays… s’il vous plaît, aidez-nous là-dedans, puisque nous autres, nous ne pouvons rien faire seuls ici », ont-ils plaidé.
Depuis le début de l’année 2025, la situation des populations autochtones en Ituri a franchi un seuil critique. Jadis protégés par l’épaisseur de la forêt, les Pygmées sont désormais les cibles directes des groupes armés qui convoitent les ressources naturelles de leurs terres ancestrales. Dépouillés de leur habitat naturel par l’insécurité croissante, des milliers d’entre eux errent aujourd’hui le long des axes routiers ou s’entassent dans des camps de fortune.
En 2025, le peuple pygmée de l’Ituri ne lutte plus seulement pour la reconnaissance de ses droits, mais purement et simplement pour sa survie biologique, face à une crise humanitaire qui semble s’installer dans l’indifférence générale.
Esdras Kaghoma