À Butembo, le parcours d’obstacles des survivantes de violences sexuelles pour obtenir du soutien
Photo IRIN/Aubrey Graham Des femmes assises à l'extérieur d'un dortoir dans un centre pour victimes de violences sexuelles
À Butembo, dans le Nord-Kivu, les victimes de violences sexuelles liées aux conflits font face à plusieurs obstacles lorsqu’elles cherchent de l’aide. Parmi eux : la peur d’être identifiées, la stigmatisation et les difficultés financières.
Pour favoriser leur accès aux soins et aux autres services d’accompagnement, les acteurs de la prise en charge mettent notamment l’accent sur la confidentialité et l’accessibilité des soins. Des principes qui doivent permettre aux victimes de retrouver progressivement confiance et dignité.
Reportage
Dans les structures de prise en charge, l’accueil constitue souvent le premier contact entre la victime et le système d’assistance. Pour le docteur Katirisa, la discrétion est essentielle afin de limiter les risques d’exposition et de stigmatisation.
« Beaucoup de victimes ont peur de venir au centre. Pour éviter cela, nous n’écrivons plus rien sur nos bâtiments qui puisse identifier la victime. L’accueil doit être discret, pour éviter que la personne soit exposée publiquement », a-t-il fait savoir.
Au-delà de l’accueil, la confidentialité concerne également les informations recueillies pendant la prise en charge. Monsieur Philémon, expert dans le domaine de la prévention et de la réponse aux violences sexuelles liées aux conflits dans le Grand Nord, rappelle que la protection des informations est un principe essentiel.
« C’est le principe le plus capital : le secret absolu. Rien ne doit filtrer. Si ce secret est brisé, cela détruit non seulement la victime, mais aussi la confiance de toute la communauté. Tout doit être fait selon le principe de « Ne pas nuire » (Do no harm), en respectant scrupuleusement la dignité et le choix de la survivante », a-t-il conscientisé.
Mais la confidentialité n’est pas le seul enjeu. Pour certaines victimes, le coût des soins peut aussi constituer un obstacle. Le docteur Katirisa insiste sur la nécessité d’une information claire concernant les services couverts par le programme.
« Il faut informer clairement la victime que les soins sont gratuits. Aucun paiement informel ne doit être demandé, que ce soit pour la consultation, les médicaments ou les examens couverts par le programme », a insisté le docteur Katirisa.
Cette prise en charge peut mobiliser plusieurs services, selon les besoins et les choix de la victime. Philemon explique que le parcours peut notamment comprendre des soins médicaux, un accompagnement psychosocial ou encore une assistance juridique.
« Dès qu’on arrive dans une structure, s’il s’agit d’un viol, il est crucial de se faire soigner avant les 72 heures. Ensuite, la victime est orientée vers une prise en charge psychosociale, juridique ou même une réinsertion socio-économique. Mais attention, rien n’est imposé. La victime choisit. Elle peut accepter le médical mais refuser le volet juridique par peur, ou décliner la réinsertion pour éviter toute visibilité. C’est elle qui décide de son parcours de guérison », a-t-il précisé.
Dans un contexte marqué par les conflits et l’insécurité, ces mécanismes visent à faciliter l’accès des victimes aux services tout en préservant leur sécurité et leur dignité.
À Butembo, plusieurs structures de santé peuvent être sollicitées pour l’orientation et la prise en charge, notamment l’Hôpital Général de Référence Kitatumba ainsi que certains centres de santé couverts par le dispositif, selon les services disponibles.
Signalons que pour obtenir des informations, une orientation ou un accompagnement, les victimes et les personnes qui souhaitent signaler une situation peuvent appeler les lignes vertes 495555 ou 122.
Maombi Georges Makeo