Grève des pharmaciens à Butembo : « C’est une mauvaise démarche de chasser un opérateur économique du marché » (Analyse)

Les officines, communément appelées pharmacies, sont restées fermées au centre ville de Butembo (Nord-Kivu) depuis vendredi dernier. C’est la conséquence de la grève déclenchée par les tenanciers des pharmacies regroupés au sein de l’Association des Tenanciers des Pharmacies de Butembo-Lubero (ATEPHALU) en conflit avec leur fournisseur.  Pour un analyste économique contactée par RADIOMOTO.NET ce lundi 30 mai 2022, c’est une mauvaise démarche pour un opérateur économique de chasser un autre du marché.

D’emblée, ce doctorant en Sciences économiques introduit que la loi sur le commerce n’accepte pas qu’un commerçant empêche à un autre d’exercer ses activités. Fidèle Tshebeya pense que la présence de plusieurs opérateurs dans une contrée favorise la diminution du prix des produits en faveur de la population. C’est à ce niveau qu’il appelle les services compétents de l’Etat à mettre de l’ordre dans la structure des prix des produits pharmaceutiques.

« Nous avons quand même un Etat qui est structuré, qui a des services attitrés pour faire respecter ce qu’on appelle les structures de prix. Il n’y a pas à se voiler la face. Quand il y a beaucoup de concurrents, ce principe-là de l’offre et de la demande c’est tout à fait normal que quand il y a plusieurs commerçants, la conséquence c’est la baisse de prix », a-t-il argumenté.

Fidèle Tshebeya conseille aux grévistes de parler aux autorités de difficultés liées à leur métier au lieu de plonger la population dans le risque de manque de produits pharmaceutiques.

« C’est à eux d’aller voir l’autorité pour lui dire voilà, il y a ceci. Puisque nous avons quand même des mécanismes. Quand il y a dérapage quelque part, il n’y a que l’Etat qui peut bloquer la situation. Parce que lorsque vous fermez les boutiques, la conséquence c’est que nos mamans, nos papas, nos enfants malades et qui ont besoin des produits sont en train de souffrir », a démontré Fidèle Tshebeya.

La société civile inquiète

Le premier vice-président de la société civile au Nord-Kivu déplore la fermeture des pharmacies en ville de Butembo. Dans une déclaration rendue publique ce lundi 30 mai 2022, Edgar Katembo Mateso, se désole que cette fermeture expose d’une manière ou d’une autre la paisible population à la mort. Notre interlocuteur poursuit que la population de l’Est du pays a longtemps souffert par la guerre et la hausse du prix des produits viviers.  A cela s’ajoute aujourd’hui la pénurie des médicaments. Dans cette perspective, Edgar Katembo Mateso demande aux autorités de régler urgemment cette question pour éviter le pire.

« Nous demandons aux autorités de ce pays, au gouverneur, au maire de ville, aux administrateurs du territoire, aux autorités sanitaires d’approcher les tenanciers des pharmacies, de les écouter, de comprendre leurs réclamations et de pouvoir trouver rapidement solution aux problèmes de la population parce qu’il faut éviter d’exposer cette population à d’autres fléaux. Nous sommes en train de gérer beaucoup de fléaux ; il ne faudrait pas en ajouter d’autres. Et cette question devra être vraiment une priorité, une urgence », note-t-il. 

En attendant, les tenanciers des pharmacies plaident pour que le grossiste Prince-Pharma renonce à la vente en détails des produits pharmaceutiques. « S’il reste à Butembo, il n’a qu’à nous vendre en gros. Partout où il détaille ses produits, les tenanciers des pharmacies sont dépourvus du petit bénéfice qu’ils peuvent trouver dans leurs activités », s’expliquent les grévistes.

Patient Akilimali

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