RDC : « La force de l’EAC risque de se butter aux défis de coordination et d’inefficacité » (Prof. Nissé Mughendi)
Le Professeur Nissé Mughendi Nzereka analyse que le déploiement de la force de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) en RDC pour combattre les groupes armés en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu est un bon exercice pour une communauté qui veut s’essayer dans les opérations militaires. Ce spécialiste en question de guerres et sécurité s’est ainsi confié à RADIOMOTO.NET ce mercredi 22 juin 2022. Néanmoins, selon lui, ce projet de l’EAC rencontre plusieurs défis que la RDC doit scruter pour ne pas subir une crise pire que celle qui sévit dans sa partie orientale.
En citant quelques défis que présente le déploiement des troupes de l’EAC en RDC, cet enseignant d’université a parlé de celui de la coordination. Selon Professeur Nissé Mughendi, il peut arriver que chacun des Etats, qui a des troupes, handicape la mission en voulant s’interposer pour protéger ses intérêts. Face à cela, Nissé Mughendi montre l’urgence pour le Gouvernement congolais de s’imprégner de ce que vise chaque Etat dans cette force, se doter des moyens de contrôler sa coordination et harmoniser avec les intérêts des Etats déjà présents au pays, tels l’Ouganda avec l’UPDF à Beni et le Kenya ainsi que le Soudan à travers la FIB de la Monusco.
Le Professeur explique que l’inefficacité est un autre défi du déploiement de la force régionale de l’EAC, quand l’on s’en tient à des expériences d’autres missions militaires en RDC. Sur ce point, Nissé Mughendi Nzereka préconise que la RDC s’oblige d’évaluer les résultats du recours à des forces étrangères pour régler ses problèmes en vue de prendre des décisions convenables. Le constat étant la présence de beaucoup de forces en RDC qui se sont également embourbées dans des conflits.
« On ne peut pas être sûr de la neutralité des troupes donc, il faut accepter en RDC des troupes quand on est sûr de la neutralité. Il y a des armées qui jouent un rôle ambigu en RDC. L’Ouganda est pro FARDC dans la lutte contre l’ADF mais anti FARDC dans son soutien au M23 par exemple. C’est cela l’ambiguïté qu’il faut régler du côté congolais. C’est au Congo qu’il appartient d’accepter telle ou telle autre troupe sur son territoire », a-t-il analysé.
Pour toute coopération militaire, on devait obtenir l’autorisation du Parlement, dit la constitution. « Le Parlement étant en congé, il sera regrettable que le Président de l’Assemblée nationale ne mobilise pas les députés sur cette question », craint Professeur Nissé Mughendi. Celui-ci avertit, par ailleurs, qu’il est plus facile d’obtenir l’invitation des troupes étrangères mais plus difficile de décrocher leur retrait.
En rappel, le 20 juin 2022, les Etats membres de l’EAC ont décidé, à l’issue de leur 3ième conclave, de déployer une force régionale en RDC pour stabiliser et instaurer la paix à l’Est. Reste à savoir le nombre d’hommes de cette force, le délai de son intervention et les identifiants que porteront les troupes.
Patrick Kalungwana