Butembo : le point sur Kambale Mwima, enseignant depuis 50 ans

Kambale Mwima est enseignant depuis 50 ans. Il est également père d'une famille de 10 enfants, et vit en ville commerciale de Butembo. Ph. Esther Vwiravwahali/30 avril 2024.

Cinquante (50) ans, craie en main, l’enseignant Kambale Mwima Kimbesa n’a pas su se procurer sa première parcelle. RADIOMOTO.NET l’a rencontré à l’occasion de la journée nationale de l’enseignement, ce mardi 30 avril 2024. Loin d’être une carrière, l’enseignement est devenu, pour le sexagénaire, une vocation.

C’est depuis 1975, après son diplôme d’État, à Kindu (Maniema), que Mwima Kimbesa se plonge dans l’enseignement. Lorsqu’il commençait à travailler, l’enseignant congolais était une personne d’honneur et était bien traité financièrement contrairement à aujourd’hui où ce dernier ne fait que se sacrifier.

« Avec autant de peines que traversent les professionnels de la craie actuellement, l’enseignement est loin d’être une carrière, c’est plutôt une vocation », lance cet enseignant actuellement affecté à l’École primaire (EP) Kanyabayonga en cellule Bel-Air, dans la commune Vulamba, à Butembo.

Kambale Kimbesa n’a pas peur de parler de son salaire de 70 dollars américains, alors qu’il est reconnu par l’Etat. Marié depuis plus de 45 ans, cet enseignant n’a jamais eu la force de se payer une parcelle à cause de son salaire « maigre ».

C’est pourquoi, il pense que l’enseignement est une vocation pour lui et pour bien d’autres. Il poursuit que, de fois, il vit des petites reconnaissances de ses anciens écoliers.

« Je peux quitter ici pour me promener, je me croise avec l’un de mes élèves, il me fait quelque chose (argent : NDLR). Je me dois de bien l’utiliser pour trouver à manger. C’est comme ça que nous vivons. Ça n’est pas un métier. C’est une vocation. Pour avoir de l’argent, on ne peut pas supporter l’enseignement. Quand il s’agit de nous payer, c’est en compte goûte. Mais nous supportons toujours, et Dieu nous donne la santé de continuer à encadrer les enfants », a-t-il témoigné.

Malgré les difficultés, Kambale Mwima Kimbesa aime son travail. Depuis ses 19 ans, lorsqu’il commence son métier, ce professionnel de la craie se contente, malgré tout, du peu qu’il reçoit, car il parvient à combler certains de ses besoins en famille.

« En tant qu’enseignant, j’aime ma carrière malgré les difficultés. Avec ce peu d’argent, j’ai déjà fait scolariser mes enfants. J’ai une fille diplômée, et un garçon licencié en Génie informatique. C’est avec le peu qu’on nous donne. Ça, c’est la joie. C’est un monument pour moi. C’est dire que l’avenir ce n’est pas le salaire. Si je meurs aujourd’hui, j’aurai laissé mes fils ; des monuments que j’ai fait étudier par la sueur, par un petit salaire que je reçois chaque fin du mois », s’est-il réjoui.

L’enseignant Kimbesa a reçu sa lettre de retraite depuis bientôt deux ans, mais ne peut pas aller en repos « car l’Etat congolais n’a pas encore envoyé le solde ».

Selon lui, plusieurs enseignants de troisième âge sont victimes de cette irrégularité de l’Etat depuis plus de trois ans.

Il sied de préciser par ailleurs que ce dernier est père d’une famille de 10 enfants et 28 petits-fils. Avec son salaire, toute sa famille dépend de lui.

Esther Vwiravwahali

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