Butembo : la “libération” de 30 détenus du nord de la ville se fait attendre depuis plus de 2 ans
Certains parents et épouses d'une trentaine des jeunes du nord de Butembo, arrêtés depuis plus de 2 ans, assissent à même le sol pour exiger la leur libération. Photo : RMBB
Les parents et épouses de 30 jeunes arrêtés et accusés de participation à un mouvement insurrectionnel depuis deux ans et demi dans les quartiers Congo ya Sika, Mukalangirwa et Kalemire en ville de Butembo exigent leur libération. Ils se sont exprimés devant RADIOMOTO.NET et Moto TV, ce dimanche 09 février 2025.
Maitre Méry Bokito Salama, avocat conseil de toutes ces victimes, a indiqué qu’après plusieurs audiences dans ce dossier, le tribunal n’a pas trouvé des preuves contre les accusés.
Ce défenseur judiciaire prêt le Tribunal de grande instance (TGI) de Butembo fait d’ailleurs savoir qu’à l’issue des derrières audiences de mercredi 05 février dernier en la prison de Kakwangura, le jugement a été rendu.
“19 ont été reconnus non coupables et acquittés, alors que 9 ont été condamnés, 2 autres étaient déjà morts en prison”, a précisé le défenseur judiciaire.
Maitre Méry Bokito Salama s’étonne de l’attitude de l’auditeur qui, au lieu de signer les actes de libération afin que les acquittés reviennent dans leurs familles ce lundi 10 février, il les aurait renvoyés en la prison de Beni/Kangbayi la nuit de samedi au dimanche 09 février 2025.
“Ce qui nous étonne est de voir qu’au lieu de signer les mandats d’élargissement pour que les enfants soient libres, parce que le Tribunal les a acquittés, l’auditeur a emmené les enfants dans la prison de Beni. Donc, il devait d’abord libérer ces gens-là et bien qu’il allait atteint appel, nous, on comprendrait parce que ce son droit. Mais ce n’est pas son droit de détenir les enfants qui ont été acquittés en prison. Que justice soit faite. Nous, on ne demande rien en plus”, a-t-elle plaidé.
Cette situation affecte surtout les familles desdits détenus, qui attendaient leur libération. Des femmes, qui se sont exprimées à RADIOMOTO.NET, affirment qu’elles n’accepteraient pas ces agissements qui ne visent qu’à prolonger la souffrance de leurs fils et époux.
“Nous étions même allés à l’auditorat. J’avais personnellement parlé à l’auditeur qui m’avait confirmé la libération de mes enfants pour ce lundi. Nous avons été surprises de voir qu’il les aurait conduits à Beni, habillés en tenue de prisonniers. Il n’a pas vraiment pitié de nos enfants. Maintenant, nous lui demandons de nous les remettre”, a déclaré Kasoki Mutetu Riziki, qui a parlé au nom de ses concitoyennes.
Ces parents ont encore une bonne mémoire des circonstances d’arrestation de leurs enfants.
“(I) Nous devons être clairs. Mon garçon s’appelle Kambale Sobyoyo Clovis. Quand il avait été arrêté, il revenait de son travail de chauffeur. C’était au pont Sinohydro. Il voulait déposer le véhicule avant de rentrer chez lui à Mihake (II) Mon fils répond au nom de Kakule Muhyana Zadoki. Nous fuyons la guerre à Mungamba, avant qu’il ne soit arrêté la nuit-là. Nos enfants n’ont pas commis d’erreurs. Sinon, les autorités les auraient constatées”, ont rappelé deux d’entre ces parents.
Pour sa part, l’auditeur militaire de garnison de Butembo, que RADIOMOTO.NET a contacté, n’a pas voulu s’exprimer. Le major Milosi Georges a indiqué qu’il a seulement à parler à l’avocat-conseil des familles et non à la presse.
Il convient de noter que tout était parti d’une incompréhension entre des habitants du nord de Butembo et des militaires. Des habitants accusaient les forces loyalistes de tracasseries, alors que ces derniers qualifiaient les jeunes de Kavale, Kiriva, Mihake, Kalemire de miliciens Maï-Maï. Des morts et des blessés ont été enregistrés à l’époque et les jeunes arrêtés par l’armée étaient transférés en la prison de Butembo/Kakwangura, puis à Beni/Kangbayi.
La Rédaction