Nord-Kivu : ce qu’on sait du charbon bactéridien déclaré sur les eaux du lac Edouard (Explications du docteur Kawa Ndaghala)
Docteur Kawa Ndaghala, Inspecteur du service urbain de Pêche et élevage en ville commerciale de Butembo. Ph. Glodi Mirembe/RMBB
Les habitants de Butembo et environs doivent s’abstenir de la prise de la viande boucanée pour éviter toute infection épizootique. Cet appel émane de Kawa Ndaghala, Inspecteur urbain du service de Pêche et élevage à Butembo, ce mercredi 9 avril 2025. RADIOMOTO.NET l’a rencontré au lendemain de la découverte d’une épizootie qui attaque les hippopotames sur le lac Edouard.
Docteur Kawa Ndaghala a, tout d’abord, démontré que l’épizootie est une maladie qui peut se transmettre d’un animal à l’homme. Si elle est d’origine microbienne, elle est cosmopolite, voire tellurique, vu qu’elle résiste dans le sol au-delà de 50 ans après que l’animal porteur y soit enfui.
Il indique que dans le cas d’espèce, la maladie découverte dans le Parc national des Virunga (PNVi) est le Charbon bactéridien. Cette pathologie se caractérise par des lésions ou des taches noirâtres sur la peau de l’animal ou de l’homme infecté. Elle peut aussi se propager par voie orale.
“Elle est aussi tellurique, ça veut dire qu’elle se conserve dans le sol. S’il y a eu un cimetière, par exemple, où elle s’est modifiée pour les animaux, où on a enterré des cadavres contenant des bacillus centraux depuis plus de 50 ans, il y aura toujours des spores qui résistent. Avec l’érosion, les microbes qui étaient enterrés à un mètre ou deux peuvent se retrouver à la surface. Pendant ce moment-là, quand quelqu’un fait des travaux champêtres et qu’il se blesse, s’il a été en contact avec ces microbes, c’est déjà une source de contamination. Et pour cela, c’est un danger pour l’homme. C’est pourquoi, on parle des zoonoses. La maladie peut aussi se transmettre par voie orale. Ce qui est en crainte pour le moment. L’évolution sera tout à fait autre”, a-t-il démontré.
Pour limiter la chaine de transmission de cette maladie dans les entités non touchées jusque-là, le docteur Kawa Ndaghala déconseille toute consommation de viande boucanée. Pour lui, cette viande échappe à tout contrôle des services habilités qui doivent autoriser sa consommation. Aux côtés de cette pratique, le spécialiste invite les habitants à ne pas toucher tout animal retrouvé mort.
“Les catégories visées, ce sont les mammifères. Vous comprenez que l’homme est un mammifère. Donc, il est sensible à la maladie. Pour casser la chaîne de transmission de la maladie, pour nous qui sommes à Butembo par exemple, nous devons éviter à tout prix la consommation de la viande boucanée. Parce que souvent, la viande boucanée n’a pas une origine claire et c’est autant un facteur de risque. Quand on trouve un animal mort au parc ou dans la forêt, c’est mieux de ne pas y toucher. Parce que nous-mêmes, comme vétérinaires, quand une vache meurt d’elle-même, ce qu’on appelle la mort naturelle, dans le règlement de l’inspection des viandes, on ne touche pas à cette viande-là”, a-t-il conseillé.
Il y a près d’un an, la ville de Butembo avait déjà enregistré le cas de charbon bactéridien à l’abattoir public. Les personnes atteintes, dont les abatteurs, ont été prises en charge et guéris de cette zoonose qui peut se transmettre de l’homme à l’animal et vis-versa. Le docteur Kawa Ndaghala rassure, cependant, la population sur la vigilance des professionnels à l’abattoir pour préserver la santé publique face au charbon bactéridien.
Glodi Mirembe