Accord de paix RDC-Rwanda : des opinions partagées à Butembo

La classe politique de Butembo est unanime : l’accord de paix signé vendredi dernier entre la République Démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda représente une avancée significative dans le processus de pacification de la région. Cependant, si l’Union Sacrée appelle à une réflexion sur l’après-signature, l’opposition estime que le Rwanda sort grand vainqueur de cet accord. RADIOMOTO.NET a recueilli les points de vue de ces deux tendances ce dimanche 29 juin 2025. 

Muhindo Kasondoli Fabrice, communicateur de la Jeunesse du parti Ensemble pour la République à Butembo, reconnaît l’importance de cet accord, car « tout le monde veut la paix ». Néanmoins, il souligne qu’il y a une distinction cruciale entre la signature d’un accord et sa mise en application. Pour lui, le Rwanda est le véritable gagnant de cette entente. Il déplore l’absence de reconnaissance de la présence militaire rwandaise sur le sol congolais et l’absence d’exigence de leur retrait. Selon Muhindo Kasondoli, la crise est donc loin d’être résolue.

Il s’interroge également sur la faisabilité de la traque des FDLR, étant donné que leur zone d’influence est sous le contrôle du M23, un groupe qui se dit non concerné par l’accord de Washington.

« Parce que si vous voyez le contenu de cet accord, c’est le Rwanda qui sort victorieux. Nous avons un Rwanda qui tape et le Conseil de sécurité des Nations Unies et c’est même le Rwanda qui tape la République démocratique du Congo. Pourquoi ? Parce qu’effectivement, vous voyez qu’il n’y a nulle part où on demande le retrait immédiat des forces rwandaises s’ils sortent congolais alors que nous savons que la résolution 2773 demandait le retrait immédiat. Le gouvernement congolais nous a trop dérangé pour cette question que non, il n’y aurait pas d’accord avant le retrait effectif des militaires rwandais et de leur équipement sur le sol congolais. Mais hélas, le Rwanda y est arrivé. Lorsqu’on parle du retrait du Rwanda après la neutralisation des FDLR, là encore, c’est de la poudre aux yeux. Nous avons vu le ministre du Commerce extérieur dire que non, les FDLR dont le Rwanda a besoin, ce sont nos minéraux. Mais hélas, voilà que le gouvernement a accepté », a-t-il regretté. 

À l’inverse, Edgar Katembo Mateso du Bloc Uni pour la Renaissance et l’Émergence du Congo (BUREC) estime que la signature de cet accord démontre clairement que le Rwanda est le principal déstabilisateur de la région. Pour lui, en apposant sa signature, le Rwanda a tacitement accepté de porter la responsabilité des crimes commis. Cet accord servirait désormais de preuve solide à la RDC pour traduire le Rwanda en justice. Edgar Mateso insiste sur le fait que « l’après-signature » est désormais la priorité pour la RDC.

« La RDC doit activer d’autres mécanismes, et notamment les mécanismes de la justice, pour que le Rwanda ne trouve pas un seul instant de dormir sur ses 2 lauriers. Mais plutôt qu’il se sente encore obligé d’aller répondre ailleurs. Un autre aspect qui est très important pour la RDC, la RDC doit construire, ou alors reconstruire, une armée forte. Et cela ne doit pas se faire de manière à la volette, (0:29) comme on est en train de le faire urgemment à Nyaleke ou ailleurs, mais on doit concevoir un programme qui va de 5 à 25 ans, de telle sorte que d’ici à 2045-2050, nous puissions constituer une puissance armée au centre de l’Afrique à partir de la RDC », a-t-il encouragé. 

Il est important de rappeler que cet accord engage les deux parties à respecter l’intégrité territoriale et à interdire les hostilités. Il prévoit également le désengagement et le désarmement des groupes armés, la mise en place d’un mécanisme conjoint de coordination de la sécurité, le retour des réfugiés et des déplacés internes, ainsi que l’encouragement des efforts de la MONUSCO et d’autres soutiens.

Stanley Muhindo 

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