Lubero : une table ronde pour apaiser les tensions liées aux conflits fonciers à Musimba
Les habitants de la localité de Musimba étaient au tour d’une même table ce vendredi 15 août 2025 pour discuter de la question récurrente du payement des dernières indemnités d’amodiations de terre appelées localement « mukulukyo », une source de conflits dans cette partie du territoire de Lubero. Cette rencontre a été convoquée par l’abbé Ildefonse Kagheni, curé de la paroisse Notre Dame de Guadelupe à travers la commission diocésaine Justice et Paix.
Les autorités politico administratives de Lubero, les chefs coutumiers, les chefs terriens, les responsables des confessions religieuses et d’autres acteurs intervenants dans le secteur fonciers ont pris activement part à cette réunion. Après un débat houleux sur les conflits fonciers à Musimba, les participants ont été renvoyés en carrefour pour scruter les sources des conflits, les conséquences, les acteurs et les pistes de solution.
Dans l’unanimité, les participants ont noté que les conflits viennent de la vente désordonnée des terres, l’envie de l’argent et la pauvreté dans les familles des chefs terriens.
« Nous avons constaté que de nombreux conflits trouvent leur origine dans la vente désordonnée des terres. Ces terres, censées être gérées par la redevance coutumière, sont souvent vendues sans respecter la procédure d’indemnisation prévue. C’est justement le non-respect de cette procédure qui engendre des tensions. Quand la terre devient un simple objet de business, certaines personnes vont, dans la confusion, voir les chefs terriens ou les vassaux pour les inciter à vendre, souvent sans concertation. Cela entraîne des conflits au sein des familles, entre chefs terriens et vassaux, voire avec les grands chefs. Ces tensions se terminent souvent devant les tribunaux. En conséquence, les villages sont bloqués dans leur développement, car les conflits fonciers freinent toute initiative communautaire », ont-ils déclaré.
Les conséquences des conflits fonciers ont été innombrables. Dans presque tous les carrefours, l’on a cité l’insécurité, la méfiance entre les habitants, les procès interminables dans les cours et tribunaux, la pauvreté dans les familles et la fuite de certains habitants par crainte de perte de vie.
Pour ce, les participants ont proposé comme pistes de solution le respect de la loi foncière et création d’une commission en charge de réconcilier les parties en conflit. Toutefois, cette commission doit être animée par des personnes bien formées en matières foncières.
« Nous avons, dans notre pays, une loi qui réglemente la gestion de la terre. Nous recommandons que les services de l’État, ainsi que les autres acteurs intervenant dans ce domaine, trouvent régulièrement le temps de sensibiliser la population sur cette matière. Parfois, l’ignorance de cette loi nous conduit à de mauvais agissements. En faisant ainsi, les conflits peuvent diminuer. Comme là où il y a des personnes, les conflits ne manquent jamais, il faudrait qu’il y ait une commission de résolution pacifique des conflits. Ces animateurs peuvent convoquer les parties en conflit pour des dialogues, au lieu de recourir directement aux instances judiciaires. Ce n’est pas toujours le tribunal qui est la solution », ont-ils proposé.
Au terme de la rencontre, les participants ont recommandé aux autorités provinciales de sursoir toute opération de lotissement de terre en cette période de l’état de siège pour éviter les conflits fonciers qui peuvent surgir à la levée de cette gestion exceptionnelle de la province du Nord-Kivu.
Kakule Kilumbiro