Nord-Kivu : moisson d’épices, mais peu profiteuse aux cultivateurs à Kyondo, Magherya et Masereka
Une moisson des épices, grande, mais peu profiteuse pour les cultivateurs des hautes terres tempérées de Kyondo, Magherya et Masereka, en province du Nord-Kivu. Ce sont les preneurs qui fixent les prix et les producteurs ne savent plus satisfaire à leurs besoins de première nécessité, le pouvoir d’achat de l’agriculteur demeure trop bas.
Il est dix heures, mais il fait encore froid sous le soleil. Ces femmes viennent à peine de terminer la récolte des carottes. Elles les lavent dans les eaux de la rivière Mutsanga, à Masereka. Déjà depuis septembre, les carottes sont mûres, comme plusieurs autres légumineuses ; les preneurs viennent souvent de Butembo, Beni jusqu’à Kisangani.
À chaque période de récoltes, les plaintes des paysans ne font que récidiver. D’énormes efforts consentis pour la production, mais, les revenus s’avèrent peu promettant. Les clients imposent leurs prix, et c’est à prendre ou à laisser.
« C’est bon de faire l’agriculture. Le problème arrive quand il faut fixer les prix après la récolte. Ce sont souvent les clients eux-mêmes qui les imposent. Ce comportement réduit considérablement nos bénéfices », a-t-il regretté.
Et si par exemple, certains agriculteurs décident d’évacuer leurs productions, eux-mêmes, vers les grands centres de consommation, ils se heurtent au manque de place, dans les marchés, où installer leur marchandise. Cette femme, Georgette, se plaint d’avoir été humiliée, la semaine dernière, à Butembo.
« Actuellement, nous préparons la carotte pour la vente. Un kilo coûte 400 francs, et c’est le meilleur prix ici. La plupart des clients prennent la marchandise à crédit, et ils ne remboursent presque jamais. Dans ces cas, c’est encore nous qui souffrons. La semaine dernière, au marché de Makasi à Butembo, après que le véhicule a déchargé, il était presque impossible de trouver un espace pour installer nos marchandises, surtout pour nous qui ne sommes pas de la ville. Les commerçants locaux s’emparent de toute la place, alors que c’est nous qui les fournissons. Nous demandons qu’un espace nous soit réservé, chaque mercredi et samedi, pour que les gens de Masereka aient leur place », s’est-elle plainte.
Kasereka Mayanai Gervais, chef notable des villages Kaniyi, près de Masereka, déplore l’affaiblissement du pouvoir d’achat de la population de cette partie du territoire de Lubero. Il appelle les autorités compétentes à s’impliquer dans la réglementation des structures des prix à l’avantage du paysan et au renforcement des capacités dans le domaine de l’agriculture afin qu’elle soit profitable.
« Actuellement, tout le monde récolte en même temps. Les marchés sont saturés, les prix chutent. Bientôt, on va tous récolter les poivrons au même moment, et leur valeur va s’effondrer. On aurait pu planifier pour que telle zone récolte les choux, une autre les poivrons, une autre les oignons, etc », a-t-il suggéré.
Il convient de rappeler que la région de Kyondo-Magherya-Masereka, située à cheval sur les territoires de Beni et Lubero, au Nord-Kivu, est un grenier important qui fournit des produits maraîchers jusqu’aux provinces de l’Ituri et de la Tshopo.
Siku Provinces