Aimé Boji au Nord-Kivu : le protocole prime sur les problèmes de la communauté (Analyse)
La visite du président de l’Assemblée nationale au Nord-Kivu continue de susciter des réactions au sein de la classe intellectuelle et politique. Entre meetings express et oublis sélectifs, l’analyste Edgar Katembo Mateso dresse un bilan sans concession d’une mission qu’il juge « déconnectée » des véritables plaies de la région.
Alors que le speaker de la Chambre basse, Aimé Boji Sangara, est en train de boucler sa tournée au Nord-Kivu, l’heure est à l’autopsie politique. Venu apporter la « compassion » du Chef de l’État, le patron du Palais du Peuple a traversé Beni, Butembo et Lubero. Pour l’analyste politique Edgar Katembo Mateso, le format des échanges a tué le fond du message. Dans une région où chaque citoyen porte une part du drame national, le protocole a préféré la vitesse à l’écoute.
« Ça ne m’a pas beaucoup intéressé. Nous avons l’expérience du passé : une autorité arrive épuisée, le protocole presse les interlocuteurs et le temps de parole est réduit à néant », déplore-t-il.
Selon lui, « transformer une mission de compassion en une série de meetings populaires est une erreur stratégique. À Beni comme à Butembo, de nombreux leaders sociaux, porteurs de solutions et de colères légitimes, ont été maintenus au rang de simples spectateurs, faute d’audiences de fond ».
L’autre point noir relevé par Edgar Mateso est la géographie de la visite. Si le recueillement au mausolée de l’Abbé Malumalu est salué, l’absence du président de l’Assemblée nationale auprès des « stigmates vivants » de la guerre choque.
« Je venais d’évoquer les structures qui hébergent les blessés de guerre, les rescapés, les hôpitaux où on héberge les détenus de Kakwangura, les centres de santé qui ont été incendiés… Ici on a aussi connu les victimes de la lutte anti-Monusco. Il aurait dû visiter ne serait-ce que l’endroit où ils reposent de la même manière que pour le mausolée de l’abbé Malumalu. Mais on devait le trainer, on l’amène vers les opérateurs économiques, vers les professeurs d’universités; bien qu’il faut mentionner que ce n’est pas mauvais… », lâche-t-il.
Le diagnostic final de Mateso est inquiétant puisque à l’en croire, Aimé Boji Sangara aurait été « encerclé » par un entourage soucieux de lisser la réalité. En évitant les sites de la détresse réelle, le deuxième personnage de l’État risque de ramener à Kinshasa un rapport « aseptisé », loin du calvaire quotidien des populations de l’Est. En attendant, notre interlocuteur attend voir d’autres acteurs politiques clés de la République initier les missions du genre et toucher les vrais problèmes de la communauté.
Visesa Louangel