Butembo  : REDHO sollicite les députés pour améliorer le sort des détenus à Kakwangura et Lubero

Retard de paiement de la subvention trimestrielle à des prisons de Butembo, Lubero et environs, surpeuplement à l’intérieur, insuffisance de la ration des détenus et la crise au dispensaire pénitentiaire. C’est autant de problèmes fragilisants que constate le Réseau pour le droit de l’homme (REDHO) dans ces maisons de correction. Le passage du président de l’Assemblée nationale dans la région n’ayant pas été avantageux pour que les problèmes lui soient bien exposés, le REDHO compte sur l’influence des élus et des acteurs politiques du terroir pour canaliser, auprès de l’exécutif, les plaidoyers en vue de pallier ces défis.

À l’issue d’un monitoring effectué les 24 et 25 février 2026 à Lubero et à Butembo, l’organisation a communiqué sur les conditions de vie des personnes incarcérées dans les prisons de ces entités. Le REDHO réalise qu’en l’espace de 14 mois, les détenus ont bénéficié de la subvention trimestrielle une seule fois. Conséquence, depuis 11 mois, une crise alimentaire frappe les détenus et occasionne la précarité de leur santé, en plus de la promiscuité dans laquelle ils vivent, du moins à Butembo-Kakwangura. 

Également, la lenteur dans le traitement des dossiers judiciaires accentue le surpeuplement des prisons. Derniers résultats : des maladies et la mort hantent les prisonniers, a expliqué Maître Muhindo Wasivinywa, coordonnateur de REDHO.

On se demande que fait le ministère de la Justice : vous enfermez les gens dans un endroit inaccessible pendant 14 mois, mais vous ne voulez pas les nourrir. Qu’est-ce que vous attendez d’eux? La mort ! Comme nous sommes dans une zone où il y a une délinquance un peu accélérée avec les opérations, c’est pourquoi vous allez trouver des maisons très surpeuplées. Nous aurons aussi souhaité que, pour Butembo, le gouvernement central envisage comment construire une prison moderne répondant aux normes”, a-t-il plaidé. 

En dépit de ces conditions, le REDHO espère qu’il y a encore la possibilité d’y remédier. C’est pourquoi il plaide pour que le ministre national de la Justice s’implique dans le paiement des subventions dues aux établissements pénitentiaires. Il exhorte également la Division provinciale de la santé (DPS), antenne de Butembo, à approvisionner la prison en médicaments et intrants médicaux. 

« Les instances judiciaires devraient, à leur niveau, accélérer l’instruction des dossiers des prévenus », recommande-t-il. 

Si personnellement l’opportunité de parler en face aux instances compétentes n’est pas encore obtenue, le coordonnateur de REDHO compte sur l’influence des députés et leaders de l’Est afin que ces désidérata trouvent gain de cause.

Nous qui sommes sur le terrain, on a aussi des difficultés peut-être à atteindre les autorités. Parfois on peut envoyer quelqu’un à Kinshasa ou ailleurs, même pour avoir accès à une audience où on peut discuter sérieusement de ces questions, ça fait aussi défaut. Mais comme nous avons des représentants, des ministres, des ressources adéquates, nous pensons que ce serait aussi de leur part de faire tout pour essayer de voir comment sauver leurs frères qui sont en train de souffrir et de mourir dans des lieux de détention. Être en prison, ce n’est pas synonyme de la mort. Être en prison, ce n’est pas nécessairement qu’on est fautif”, a-t-il démontré. 

Le dernier monitoring de REDHO a recensé 19 détenus à Lubero, dont 4 femmes avec un nourrisson. Parmi eux, 4 sont condamnés et 4 autres ont leurs dossiers déjà fixés. Aucun cas de décès, ni de détenu hospitalisé n’a été signalé pour la période allant du 1ᵉʳ au 26 février 2026. 

Quant à Butembo Kakwangura, il y a au total 1 343 détenus, dont 26 femmes avec 3 nourrissons. Le rapport mentionne 372 condamnés, 83 détenus en appel et 86 poursuivis par l’Auditorat militaire. 520 militaires et 18 policiers figurent parmi les détenus. Là encore,  16 détenus sont hospitalisés, 21 autres suivis en ambulatoire, 4 vivent avec handicap physique et 273 souffrent de malnutrition, dont 26 cas sévères. Un décès a été enregistré au mois de février, portant à cinq le nombre total de décès depuis le 1ᵉʳ janvier 2026.

Patrick Kalungwana

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *