Carnage à Beni : au moins 14 corps de civils levés du lieu du drame
Le village de Manzalawu (Manzalaho) dans le territoire de Beni, le 18 février 2020, après un raid attribué aux rebelles ADF. Au moins 15 personnes ont été tuées dans ce village de 1 000 habitants dont la population a fui. (Photo d'illustration) Alexis Huguet / AFP
Une nouvelle attaque terroriste attribuée aux rebelles d’Allied democratic forces (ADF) a été déplorée la nuit de samedi à ce dimanche 31 mai aux quartiers Nzuma et Ngadi, en commune Ruwenzori, dans la ville de Beni. Au moins quatorze corps de civils ont été levés du lieu du drame.
Sept sur l’axe Vemba-Katota et sept autres, dont six membres de la communauté pygmée, au quartier Ngadi. Parmi les pygmées victimes de cette méchanceté humaine, l’artiste comédien Nzanzu Mangese Shukurani.
L’on note également plusieurs autres civils qui ne répondent plus aux appels de leurs proches. L’attaque du campement des pygmées suscite d’inquiétudes au sein des organisations qui encadrent les peuples autochtones. Parmi ces organisations figure la 8ᵉ CEPAC qui implémente des projets en faveur des Pygmées en ville et territoire de Beni.
Maître Singa Mayele déplore des morts qui auraient pu être évités, considérant les alertes remontées, la veille, auprès des autorités compétentes, sur l’avancée des assaillants vers la ville.
“Comme vous le savez, les pygmées, là, ce sont nos bénéficiaires puisque nous les appuyons avec notre projet de la 8ᵉ CEPAC, volet Projet Pygmées. Nous les appuyons dans la sécurité alimentaire, dans la santé, dans la scolarisation de leurs enfants. Alors, une nouvelle pareille ne peut que faire très mal. Mais ce que je déplore, c’est que depuis que l’ADF a été interceptée à Kamango, d’ailleurs le chef de Boikene avait déjà fait une alerte dans ce sens-là, interdisant à ces populations vers Wemba, Kadou, derrière Boikene, de ne pas fréquenter leurs champs. Moi, je pensais que c’était peut-être une occasion pour l’armée et tous ceux qui s’occupent de la sécurité de veiller sur cette situation-là, en fait, de stopper le mouvement de ces civils. Donc, ça ne peut que faire très mal, surtout aux vulnérables comme les pygmées. Je ne sais pas, comme les ADF sont des terroristes, bon, je ne sais pas ce qu’ils ont cherché chez les pygmées, en tout cas. Nous sommes blessés de la situation qui est arrivée”, a-t-il regretté.
L’armée congolaise condamne également cette attaque, qu’elle qualifie d’acte macabre. Le lieutenant Marc Elongo, porte-parole du secteur opérationnel Sokola 1 Grand Nord, déplore la mort des civils ainsi qu’un militaire tombé au champ d’honneur lors de l’opération de poursuite des assaillants.
Tout en rassurant que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) sont à pied d’œuvre pour traquer l’ennemi, le lieutenant Marc Elongo appelle la population au calme et à continuer de collaborer avec l’armée.
“En provenance de la forêt de Moyangose, cherchant à traverser la RN4 pour atteindre le côté ouest de cette route nationale numéro 4, ils ont fait incursion dans la zone lacunaire qui se situe entre la localité de Ngadi et de Mavivi. Ils ont commis des actes macabres et au moment où je vous parle, il y a six paisibles citoyens qui ont perdu leur vie. Et toujours en poursuivant cet ennemi, il y a un élément des Forces armées de la République démocratique du Congo qui est aussi tombé arme à la main. Le message, c’est un message d’apaisement. Combattre le terrorisme, ce n’est pas du tout facile, mais les forces armées, suite à leur intervention sur place, je dis les Forces armées de la République démocratique du Congo et le UPDF qui sont en opération conjointe dans le cadre des opérations Shujaa. Ce soir même, ils étaient sur le terrain pour traquer ces hors-la-loi. Et c’est grâce à leur intervention que la situation n’a pas été très catastrophique. Donc nous rassurons la population de notre détermination”, a-t-il rassuré.À la suite de cette nouvelle attaque, la situation est restée tendue la journée de ce dimanche dans certains coins de la ville de Beni où des manifestations populaires se sont improvisées pour décrier l’insécurité. Milan Kayenga