Butembo : la fermeture de la frontière ougandaise asphyxie les vendeurs de poissons
Des poissons salés en vente au marché central de Beni (Nord-Kivu). 15/11/2016. Ph. Radio Okapi/Freddy Lufulwabo
La fermeture de la frontière entre la République démocratique du Congo et celle de l’Ouganda touche directement la vie des citoyens des deux pays. Les plus victimes sont les entrepreneurs qui n’ont presque plus de marchés pour leurs produits. C’est une révélation de Nzuva Saambili, présidente de la Coopérative des transporteurs et vendeurs des poissons au Congo (COOTRAVEPOC). RADIOMOTO.NET l’a abordée, ce vendredi 19 juin 2026, à son poste de travail.
Elle témoigne que les Congolais acheteurs des poissons n’ont plus accès au marché ougandais. Pour contourner cette situation, les commerçants sont obligés de coopérer au téléphone avec leurs connaissances ougandaises pour accéder aux poissons.
Nzuva Saambili affirme que ces opérations ont de grands risques. Elle parle de la perte des colis des poissons, de la surfacturation et parfois de la réception des poissons pourris ou déchiquetés, l’acheteur n’ayant pas participé au triage de la marchandise. En conséquence, le prix du poisson a légèrement haussé dans la région de Beni-Lubero, se désole la présidente de la COOTRAVEPOC.
“Le prix a sensiblement haussé à la source. Un autre aspect, nous pensions que les Ougandais pouvaient venir en RDC avec des marchandises, mais leur gouvernement a refusé. D’un autre côté, nous souffrons beaucoup parce que nous n’avons rien à dire et nous ne pouvons pas forcer la traversée à la frontière, et puis nous n’avons pas de poissons dans le pays. La famine nous pousse à tout accepter à n’importe quel prix. Nous recevons même des colis avec des poissons pourris. Ils disent qu’ils nous transmettent des colis comme ils ont été confectionnés au lac. Il suffit que le point soit net, c’est fini. Mais lorsque vous ouvrez ces colis, c’est facile de rencontrer des poissons déchiquetés”, a-t-elle fait savoir.
Du côté ougandais, les éleveurs et les agriculteurs ne trouvent plus de marché pour leurs produits. Nzuva Saambili fait remarquer que les tomates, les pastèques, les mangues pourrissent en Ouganda par manque de débouché. Par conséquent, le prix de la viande a sensiblement baissé en Ouganda par manque de clients et il y a enregistrement des pertes chez les éleveurs et les bouchers.
“Ils ont des produits qu’ils cherchent chez nous, et nous, nous avons ce que nous cherchons chez eux. J’ai trouvé qu’ils ont maintenant des pertes dans le commerce des tomates qui pourrissent entre leurs mains. Ils souffrent beaucoup. Deuxième produit, les pastèques. Personne ne peut les acheter. Beaucoup de voyageurs qui venaient de Kambala les achetaient pour les manger. Mais aujourd’hui, il n’y a pas de passage. De notre côté, les bananes gros Michelin n’entrent plus en Ouganda et pourrissent. Alors il y a des pertes de part et d’autre”, a-t-elle démontré.
Depuis la déclaration de la 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC, le gouvernement ougandais a décidé de fermer sa frontière avec la RDC pour éviter l’infiltration des cas suspects d’Ebola sur son territoire.
Jean-Pierre Kilumbiro