Beni : La culture du cacao concurrence les activités de l’Église et pousse à l’abandon de certaines professions à Rwenzori, regrette l’abbé Telesphore Mulondi
L'abbé Telesphore Mulondi, curé doyen de Mutwanga, en plein entretien avec le père Moïse Kalemberya, qui est par ailleurs le Directeur général de la Radio Moto Butembo-Beni. Ph. Patrick Kalungwana
Devenue très rentable, la culture du cacao dans le secteur de Ruwenzori et environs, envoute les habitants jusqu’à conditionner l’abandon de certaines professions et l’indifférence aux activités de l’Église. Le curé de la paroisse Saint Pierre et Paul de Mutwanga a partagé cette observation aux agents de Moto TV et de Radio Moto Butembo-Beni, qui étaient en excursion du jeudi 18 au lundi 22 septembre 2025. L’abbé Telesphore Mulondi estime que c’est déplaisant à Dieu, Maître de tout travail.
Le curé doyen de Mutwanga a reconnu que la culture du cacao a pris de l’ampleur. Selon lui, ceux qui avaient d’autres métiers tel l’enseignement, le commerce des manufacturés, etc., abandonnent pour faire les champs de cacao.
“Oui, il y a du gain dans le cacao, mais cela ne devrait pas conduire directement à chômer d’autres professions ou ne pas se fier aux activités de l’Église”, conscientise l’abbé Telesphore Mulondi.
Son grand regret est surtout de découvrir que l’argent ou la richesse qu’on gagne du cacao pousse nombreux à la dépravation des mœurs.
“Les gens sont devenus riches, ici, certains. D’autres pauvres. Parce que quand tu vois quelqu’un qui dit « je laisse mon métier de professeur, je vais suivre mon champ ». Puis, il y a d’autres qui s’en exclament « pour une fois, je viens de toucher mille dollars, moi agriculteur ! » C’est ce qui nous amène le problème, pas seulement à nous, à la population aussi. Nous sommes comme dans une carrière d’or. Les gens ont de l’argent. Mais aussi, ceux qui n’en ont pas, cherchent des moyens d’en avoir : en volant, voler au champ, voler la journée, en utilisant tous les moyens pour essayer d’avoir de l’argent”, a-t-il fait savoir.
Face à ce problème de société, l’Église s’engage déjà dans la sensibilisation des membres de la communauté sur les enjeux de l’abondance. Des conférences avec des jeunes et des parents sont déjà initiées par des animateurs de l’Église.
“Avec tout ce cortège de richesses, la boisson, les QG, tous les défauts de la jeunesse qui nous viennent de la mondialisation, on ne croise pas les bras, on sensibilise. On associe les parents, chaque premier dimanche du mois, il y a la récollection des parents avec ce qu’on appelle COPAF et aussi des jeunes. Alors, les thèmes reviennent toujours qu’il ne faudrait pas qu’on rate sa santé, sa vie, à cause d’un verre de bière. On sensibilise, on ne se fatigue pas. Mais ce qu’on souligne d’abord, c’est la prière”, a-t-il conscientisé.
Le doyenné Mutwanga est constitué des paroisses Saint Conrad de Kasindi, Saint André Kagwa de Bulongo et Saints Pierre et Paul de Mutwanga. La population locale est en grande partie cultivatrice. Le cacao qui semble primer sur d’autres produits, est très sollicité sur les marchés local, national et international pour la chocolaterie. Il sert également comme ingrédient en cuisine, en cosmétique et en pharmacie.
Patrick Kalungwana