Cinéma à Butembo : l’artiste Wahems déplore la faible consommation des œuvres cinématographiques locales
Le cinéaste Wahems dénonce le manque d’intérêt local pour les œuvres cinématographiques de la ville commerciale de Butembo. L’acteur et réalisateur Mumbere Wahemukire Moise attribue cette préférence pour les œuvres étrangères à un souci de professionnalisme perçu comme supérieur par le public. Il a partagé cette analyse avec ses confrères lors de la célébration du cinéma au My Royal Hotel, le mardi 28 octobre 2025.
Il exposait aux participants les étapes et techniques de production et réalisation d’un film. Selon Mumbere Wahemukire Moise, dans le travail des œuvres cinématographiques de Butembo, on n’y observe pas l’implication des acteurs et des personnes censées les soutenir. Manque de professionnalisme, absence des moyens suffisants pour déboucher sur un bon produit, crise dans la recherche du fond et imitation du modèle étranger, ce sont autant des défis devant être relevés, selon ce cinéaste.
« Quand on fait une œuvre qui n’est pas à la hauteur de ce que le public peut visualiser, ça pose aussi un problème. Parce que, imaginez-vous : avec le méga à 1 dollar, le spectateur arrive à télécharger un film comme Rambo, par exemple. Et ici, chez nous, pour vendre un DVD, on demande, par exemple, 5 dollars. Mais quand on compare les dépenses du film Rambo avec celles que nous avons engagées pour réaliser notre propre film, c’est évident que le nôtre n’est pas à la hauteur de ce qu’on peut acheter à 1 dollar. Automatiquement, la population de Butembo rejette nos œuvres. Elle se dit : “Ah, pourquoi je vais suivre ces gens-là ? », a-t-il démontré.
Mumbere Wahemukire Moise indique que cela ne devrait pas décourager les artistes. Pour lui, il y a des pistes de solution. Il trouve, par exemples, urgent de susciter parmi les acteurs le goût de la formation et s’impliquer dans la recherche des moyens pour eux afin que leur carrière s’améliore et qu’ils en trouvent des avantages.
« Ce que je veux, c’est que nous puissions changer un peu notre manière de concevoir les films. Parce qu’il y a une façon, une méthode de concevoir un film, qui fait que, Butembo, qu’elle veuille ou non, va consommer nos produits. Et même ailleurs. D’ailleurs, pour votre information, certains de nos films sont déjà consommés à l’extérieur. Ici, chez nous, je vois qu’il y a des acteurs, il y a aussi des réalisateurs, il y a vraiment du talent. Mais malheureusement, ici, on est là, on stagne. Pourtant, ailleurs, là où on prend les choses au sérieux, on serait déjà devenu autre chose. Et une fois que les artistes sont bien formés, c’est sûr qu’ils peuvent contribuer positivement. Mais s’ils ne sont pas formés, malheureusement, le cinéma peut aussi devenir un outil de destruction à 100 % de la communauté. Donc, c’est comme un couteau à double tranchant », a-t-il encouragé.
Mumbere Wahemukire Moise conscientise que l’on peut juger toute une population par rapport aux œuvres cinématographiques de sa communauté. D’où une occasion pour lui de mobiliser tout le monde à soutenir les artistes.
La journée mondiale du cinéma, 2025, s’est célébrée sous le thème : “Le cinéma, lumière du monde et rêve de l’humanité”.
Patrick Kalungwana