Butembo : une érosion dicte sa loi à Kalemire, autorités et habitants au chevet d’une terre qui se dérobe

Face à l’avancée incroyable des ravins dans la cellule Lyambo, une émission publique a réuni experts, autorités locales et sinistrés ce vendredi 20 mars 2026. L’objectif était de briser le cycle de la fatalité et de définir des stratégies de survie.

À Butembo, le quartier Kalemire ne compte plus ses blessures. Dans la cellule Lyambo, en commune de Bulengera, le sol se dérobe littéralement sous les pieds des habitants. Ici, la rivière Kayisire, qui sépare les blocs Kivisire et Mihake, est devenue le théâtre d’une désolation quotidienne : des parcelles entières ont été rayées de la carte, laissant des familles sans abri et sans espoir.

Un dialogue d’urgence

C’est dans ce contexte de détresse qu’une émission publique a été organisée par la Radio Moto Butembo-Beni, en partenariat avec le Collectif des radios communautaires du Nord-Kivu (CORACON). Ce forum, inscrit dans le cadre du projet : « Médias professionnels et bonne gouvernance », a permis une confrontation directe entre la base et les décideurs.

Intervenant lors des échanges, le chef du quartier Kalemire, Kahindo Visiri Isaac, a partagé l’impuissance mais aussi la détermination de l’administration locale. Tout en reconnaissant que les solutions précédentes n’ont pas tenu face à la force des eaux, il a affirmé poursuivre ses plaidoyers auprès des instances supérieures. En attendant, il a exhorté les sinistrés à sécuriser les documents parcellaires restants, premier rempart administratif après la perte physique du terrain.

« En fait ce problème dépasse le niveau communal ou même la mairie. C’est ainsi que nous menons des plaidoyers à tous les niveaux pour que les victimes soient assistées. Nous les avons identifiés, il y a autour de 73 ménages qui n’ont plus d’abris. Cependant certains d’entre eux n’avaient pas de documents parcellaires. Je les encourage donc à se rassurer qu’ils ont ces documents car en cas d’assistance on en aura besoin », a indiqué le chef de quartier.

L’expertise au service de la prévention

Pourquoi Kalemire s’effondre-t-il ? Pour l’ingénieur Kabambi Kananga Yves Célestin, expert en architecture, le mal est multidimensionnel :

— La fragilité géologique : une qualité de sol peu résistante.

– L’anarchie urbaine : des constructions hors normes et une occupation irrationnelle de l’espace.

– La gestion des eaux : L’absence de canalisations adéquates pour les eaux de pluie.

« Il est impératif que les habitants s’approprient les mécanismes de captage et de canalisation de l’eau de pluie », a martelé l’expert.

Il propose certaines pistes techniques pour freiner la progression des ravins.

« Je viens de vous montrer combien de fois notre sol est fragile. Il reçoit et absorbe une grande quantité d’eau. Donc en attendant les solutions du gouvernement, nous, population, nous devons revoir notre comportement, notre manière de construire. Nous devons bannir ce système de quart de parcelle parce que cela favorise la production d’une grande quantité d’eau de pluie que nous ne savons pas malheureusement gérer. Autre chose, pensons aux mécanismes de captage des eaux de pluie. Mettons des gouttières et des tanks sur nos maisons pour diminuer la quantité d’eau qui s’infiltre dans le sol. Cela va tant soit peu aider », recommande l’ingénieur Kabambi.

Vers une action commune : le « Salongo » comme rempart

L’issue de cet échange a été marquée par une rare unanimité. Autorités et citoyens s’accordent sur un point : l’État ne pourra pas tout faire seul. La survie de cette partie de Butembo passera par une gestion collective et rigoureuse des eaux de pluie.

Parmi les résolutions phares, le renforcement des dispositifs anti-érosifs et la systématisation du Salongo quotidien (travaux communautaires) pour entretenir les canalisations ont été retenus comme les derniers leviers pour préserver ce qu’il reste de terre à Kalemire.

Joelle Mwengevalwahi

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