Lubero : « La résilience des habitants cache une réelle fragilité émotionnelle », prévient un psychologue du HGR Mambowa Paluku
Après l’horreur des massacres, comment soigner les esprits ? Sur l’axe Butembo-Manguredjipa, en territoire de Lubero, la population tente de se relever après les exactions des rebelles ADF. Si les corps guérissent, les traumatismes psychologiques, eux, restent profonds. Pour éviter une crise de santé mentale, les experts se mobilisent sur le terrain.
Pour Paluku Mughenderwa Crispin, psychologue affecté à l’Hôpital général de référence (HGR) de Mambowa, la résilience des habitants ne doit pas occulter leur fragilité émotionnelle. Ce vendredi, il a lancé un appel pressant à la communauté : ne pas s’enfermer dans le pessimisme. Pour lui, la santé mentale passe aussi par une gestion rigoureuse du quotidien et une solidarité renforcée.
“Dans la période que nous sommes en train de vivre, c’est une période dangereuse. Et nous pouvons voir comme si ça n’avait pas d’effet, mais ça peut amener des problèmes dans la communauté, même causer certains camps de maladies que nous pouvons ignorer. Et ce que je peux donner comme conseil, c’est de comprendre qu’il y a un changement de rôle. Vous allez constater que vous étiez à Masayi où papa était capable de produire quelque chose, il était en train de piéger les rats pour gagner sa vie, mais arrivé à Njiapanda, il n’y a plus de rats. Et vous allez constater que papa perdrait sa valeur. Et en perdant cette valeur, vous allez constater que maman est en train de voir comme si papa n’existait plus dans la famille. Et vous pouvez constater qu’il y a même des enfants qui peuvent peut-être se débrouiller pour aller récupérer la place de papa ou bien la place de maman. Alors ça devient dangereux, papa va se sentir mal à l’aise, et vous pouvez constater que papa peut se faire du mal à lui-même parce qu’il ne se sent plus bien. Et autre chose, je peux conseiller à la communauté de ne pas être pessimiste. Vous allez constater que les gens croient que ça ne changera pas. On a souvent dit que quelques sois la longueur de la nuit, le soleil apparaîtra. Et voir comment gérer les petits, rien que nous gagnons. Essayons de voir comment minimiser les dépenses. Nous pouvons nous aider mutuellement. Si tu constates que tu as trouvé quelque chose que le voisin n’a pas, essaye de le donner au voisin, et lui aussi peut te le donner quand il va le trouver”, a-t-il conscientisé.
Ce message de prévention intervient dans un climat contrasté. D’un côté, une accalmie relative est observée depuis février dans la chefferie des Baswagha et le secteur des Bapere. De l’autre, l’inquiétude demeure. Des affrontements ont encore été signalés dans le groupement Bapukara, opposant deux factions de groupes Wazalendo. Un rappel brutal que la paix des esprits reste étroitement liée à celle des armes.
James Lusenge