À Butembo, des femmes mariées “sans diplômes” renouent le chemin de l’école

Kavira Yalala Julie, chef du personnel au sein de la coopérative Lwanzo en ville de Butembo. @ Rosette Kamukehere

En ville commerciale de Butembo dans la province du Nord-Kivu, bon nombre de femmes se marient avant d’étudier ou de finir les études. Aujourd’hui, certaines d’entre ces mariées prennent le courage de rentrer sur le banc de l’école et développer leur savoir-faire. Des maris/époux qui ont encouragé leurs femmes à étudier et que RADIOMOTO.NET a rencontrés en début de décembre 2023, reconnaissent que la femme doit être appuyée dans ses initiatives visant le bien-être de son foyer.   

Elles sont encore très rares à Butembo, ville du Nord-Kivu, ces femmes qui ont fait des études après le mariage. Une fois marée, la plupart n’ont d’autres choix que de s’occuper désormais de leur foyer par des travaux ménagers sans plus jamais penser qu’elles pourront achever leur cursus scolaire ou académique. D’autres peuvent vouloir aller étudier, mais leurs maris ne leur facilitent pas la tâche.

Cependant, certaines femmes y parviennent. Kavira Yalala Julie, l’une d’elles est mariée depuis 20 ans. C’est à la 15ème année qu’elle retrouve le chemin de l’Université. Cette Mère de quatre enfants explique qu’elle avait vraiment le souci d’étudier car durant les 15 ans, elle était à la maison sans rien faire. Des opportunités se présentaient mais elle n’en pouvait pas, vu son niveau d’étude encore moins consistant.

« J’avais vraiment le souci d’étudier. Je me sentais très mal à l’aise quand je demandais tout à mon mari. Je me suis dit que je peux être aussi capable de travailler si je rentrais à l’école. C’est comme ça que j’ai intéressé mon mari, heureusement il a accepté que j’aille à l’école. Je me concentrais et à mes étude et à mon foyer », raconte cette femme.

Madame Kavira Yalala Julie poursuit qu’après ses études, elle exécute des lourdes responsabilités au sein de la coopérative d’épargne et de crédit LWANZO.

« Juste après les études, j’ai directement trouvé un travail, et j’occupe un poste de chef du personnel. Aujourd’hui je suis très respectée dans ma famille et dans mon travail, grâce à mon savoir-faire », se félicite-t-elle.

Alphonsine Muhongya, c’est une autre femme mariée depuis 30 ans. Elle a intégré les études universitaires à 25 ans de mariage. Cette dernière passait tout son temps à la maison et n’avait aucun travail. Son vœu de revenir aux études a eu la complicité de son mari qui l’a encouragé dans la décision.

« Je venais de faire 25 ans au foyer sans travailler. Lorsque les opportunités d’emploi se présentaient, je les ratais faute d’études. En tout cas, j’ai pris le courage d’aller étudier malgré mon âge. Aujourd’hui je me sens plus utile à la société et à ma famille. Je commence aussi à aider mon mari, pour faire avancer notre foyer. Les femmes ; C’est très important d’étudier, très important vraiment », reconnait cette tenancière d’une boutique de textiles au centre-commercial.

« La femme est aussi capable »

Nous avons rencontré des hommes qui ont amené leurs femmes à l’école en étant au foyer. Le chef des travaux Strong Kagheni, l’un de ces hommes a souligné que les femmes ont beaucoup de potentialités parfois étouffées dans la cuisine.

« La femme est aussi capable de beaucoup de choses pour épauler l’homme. Parce qu’il faut voir la femme, dans le principe qui prône la complémentarité même le genre. Et donc, nous avions compris en tant qu’individu que non, il faut laisser à la femme la libre cour de pouvoir exploiter son intelligence et de mettre aussi tous ses atouts à la disposition de la société voire de la nation. Parce que la femme est vraiment capable. Aujourd’hui, ma femme fait ceci et moi je fais cela, ça nous aide vraiment », témoigne-t-il. 

« Il n’est jamais tard d’apprendre »

Achille Kavulivwa Kambasu a aussi amené sa femme à l’école. Il se rappelle qu’il a épousé une femme qui ne savait même pas écrire son nom.

« J’avais épousé une femme qui ne savait ni lire ni écrire. En tout cas, ça me faisait du mal quand je voyais ma femme être incapable d’écrire son propre nom. Quand elle avait  mis au monde notre troisième enfant, je l’ai inscrite à l’école primaire de récupération. Après, je l’ai amené à l’école secondaire. Comme elle avait eu un bon pourcentage, aux examens de temps, je l’ai ensuite inscrit à l’ISTM BUTEMBO, où elle avait obtenu son diplôme de grade dans les Sciences infirmières », raconte-t-il.

Monsieur Achille se félicite que sa femme contribue déjà en grande partie à l’évolution de son foyer.

« Aujourd’hui, elle est une grande infirmière et contribue beaucoup pour une bonne évolution de notre foyer », affirme-t-il.

Le courage ne trahit pas  

Les Organisations qui militent pour les droits de la femme encouragent les mariées à ne pas baisser les bras une fois au foyer. La secrétaire exécutive de la Solidarité des associations féminines pour le droit de la femme et de l’enfant (SAFDF), qui a aussi finalisé ses études après son mariage, fait remarquer que le courage paie bien.

« Je suis aussi parmi les femmes qui ont fait les études universitaires en étant au foyer. J’ai obtenu ma licence en étant au foyer (…) Si aujourd’hui je suis coordonnatrice de la SAFDF (…), c’est parce que j’ai pris le courage de reprendre les études, même si j’étais au foyer. Je profite aussi de l’occasion pour appeler les hommes à ne pas enfermer leurs femmes aux activités de ménage uniquement », plaide Zawadi Bisomeko.

A l’unanimité, les femmes, leurs maris et les organisations qui militent pour les droits des femmes reconnaissaient que la complémentarité doit être le mode de vie dans les foyers.

Rosette Kamukehere

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.