Butembo : le professeur Malonga plaide pour que les enseignants dépassent la simple « valeur alimentaire » du diplôme

“Le diplôme ne doit pas rester seulement alimentaire pour des enseignants d’écoles. Il doit également aider à faire de ces enseignants des cadres, des gens qui engagent les autres pour leur développement”. C’est l’exhortation du professeur Télesphore Malonga, enseignant en droit constitutionnel et un des orateurs au deuxième jour du colloque organisé à l’Université catholique de Graben (UCG) en mémoire de Monseigneur Emmanuel Kataliko. 

Le professeur Malonga a donné cet éclaircissement lors de son exposé autour du thème intitulé : « À quoi servent les professeurs et les intellectuels ? Du drame des diplômes alimentaires à une intellectualité engagée ». 

Le chercheur a voulu répondre au fait que la société en crise a besoin des intellectuels qui puissent riposter aux problèmes sociaux. Pour lui, l’Archevêque de Bukavu, d’heureuse mémoire, est exemple d’un pasteur intellectuel et responsable de société à imiter.

« En fait, l’idée, c’est que, quand on regarde Mgr Emmanuel Kataliko, il a été à la fois un intellectuel. Donc, il a porté des diplômes, mais aussi un homme de terrain, un homme très socialement engagé. Et j’ai estimé qu’il était nécessaire que nous, professeurs, puissions aussi constamment nous remettre en question, à la lumière de ce double engagement : intellectuel et social. Si nous devons porter uniquement des diplômes qui nous servent à manger, alors nos études n’auront pas servi aux autres. Quelqu’un qui sort de l’université, c’est vrai qu’il a le droit de manger, mais il a aussi la responsabilité d’aider les autres à entrer dans ce terrain de promotion. C’est pour cela que je voudrais que nous puissions dépasser le diplôme que j’ai qualifié d’alimentaire, pour que nous puissions nous engager, à l’instar de Mgr Emmanuel Kataliko, dans une promotion intégrale de tous nos concitoyens », a-t-il encouragé. 

C’était par ailleurs une occasion pour l’exposant d’inviter ses confrères intellectuels à l’humilité. Le diplôme ne devrait pas être objet d’orgueil chez celui qui le possède. Il doit plutôt être base de service de transformation qualitative de la communauté, a insisté l’Abbé Professeur Télesphore Malonga.

« Je dois peut-être vous dire quelque chose qui est une conviction profonde. J’ai toujours pensé que l’intelligence va avec l’humilité. On ne peut pas être intelligent et être orgueilleux, non. Alors, si on peut être professeur et chef de quartier, et aider justement le quartier à profiter de ses connaissances, je crois que c’est la meilleure des choses. D’ailleurs, si je peux prendre des exemples très concrets… Vous savez que Chirac était ministre en France et il était maire de sa ville en même temps. Booster Blazzi était ministre national de la Santé et maire de Lourdes. Donc, ce n’est pas incompatible qu’on puisse faire profiter [sa communauté]. Chez nous, c’est regrettable que, quand quelqu’un est élu ministre, le premier réflexe, c’est de déménager jusqu’à Kinshasa ou à Goma. C’est regrettable », a-t-il démontré. 

Ce sujet est parmi plusieurs autres ayant intéressé, pendant deux jours, les intellectuels de Butembo. Un sujet du colloque organisé par l’Université Catholique de Graben, mercredi 1ᵉʳ et jeudi 02 octobre 2025, en marge de la célébration des 25 ans de la naissance au ciel de Monseigneur Emmanuel Katsuva Kataliko. Celui-ci a été évêque de Butembo-Beni et Archevêque de Bukavu. 

Patrick Kalungwana

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