Lubero : la société civile alerte sur l’installation d’une population inconnue à Tama et Itala 

Certains habitants de Kipese fuyant l'avancée des rebelles du M23 au sud du territoire de Lubero.

Réunie en assemblée extraordinaire le mercredi 19 novembre 2025 à Musienene, la société civile du territoire de Lubero a tiré la sonnette d’alarme. Elle dénonce l’installation d’une population non identifiée dans les groupements de Tama et Itala, entraînant l’accaparement des champs et l’expulsion forcée des communautés locales. Les forces vives déplorent particulièrement la passivité des services de l’État, témoins silencieux de cette transplantation.

Au cours de l’assemblée générale extraordinaire des forces vives de Lubero à Musienene, les participants ont étudié la situation sociale, sécuritaire et humanitaire dans l’entité. Les conditions de vie sont volatiles dans presque toute l’entité. Elles dénoncent notamment la transplantation et installation d’une population inconnue et l’occupation des champs des autochtones dans les groupements Tama et Itala, au sud du territoire.

“Elle dénonce la transplantation et l’installation de populations inconnues, l’occupation des champs et l’expulsion de certains membres de la communauté dans les groupements Tama et Itala, au sud du territoire de Lubero. Elle constate également des tueries, des viols, des vols, des pillages et des enlèvements dans les zones sous contrôle de la rébellion M23-AFC. Même les besoins essentiels en éducation, en santé, en protection et en nutrition sont énormes et enregistrés sur le plan humanitaire auprès des populations déplacées et retournées de ces zones. De multiples tracasseries administratives sont également identifiées aux barrières, notamment des taxes abusives. Par exemple, la taxe de sécurité perçue sur tous les camions aux barrières érigées sur la RN4”, fustigent les forces vives locales. 

Outre ces irrégularités, les forces vives ont également exprimé leur indignation aux dernières attaques en groupement Manzia et en secteur de Bapere où, selon le bilan, 288 personnes ont été tuées, depuis septembre 2025. Bien plus, des villages se vident de ses occupants, des civils sont kidnappés, des biens volés, des édifices brulés. Cela serait un résultat d’une insuffisance de l’appareil sécuritaire dont les agents sont occupés autrement, résilie la population de Lubero.

“Alors que les services de sécurité sont peu représentés dans cette zone, on observe l’implication de plusieurs officiers militaires, des services de renseignements et d’autres agents de sécurité dans l’exploitation illicite des minerais, de plages et de stupéfiants comme le tabac et autres. La faune reste gravement menacée dans le secteur de Bapere, où plus de 2 000 armes à feu ont été autorisées par les services de renseignement et circulent sans aucun contrôle. Il devient alors difficile de distinguer les chasseurs armés des groupes d’égorgeurs qui opèrent dans la zone”, regrette la société civile de Lubero. 

Dans ce contexte, les forces vives formulent certaines recommandations sécuritaires : “Au gouvernement central de retirer tous les Wazalendo des zones peuplées jusqu’aux sites de capacitation où de cantonnement, et jusqu’à la frontière ; d’assister les personnes déplacées de guerre de l’axe Butembo-Manguredjipa; de doter les services de sécurité, particulièrement les services de renseignement, des moyens nécessaires afin de leur permettre de jouer efficacement leur rôle dans les zones menacées par les ADF. Au gouvernement provincial et au commandement FARDC du Grand Nord-Kivu d’organiser en urgence un dialogue communautaire sur la situation de l’axe Butembo-Manguredjipa et de toutes les zones contrôlées par les Wazalendo”. 

Il sied de noter que le dialogue et la délocalisation des Wazalendo des milieux habitables par l’homme pour apaiser le climat sécuritaire sont réclamés non seulement à Lubero, mais aussi à Butembo. Ce, au même titre que la vigilance communautaire et le renfort des équipements et hommes militaires.

Patrick Kalungwana

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