Butembo : face à Ebola, Erasme Kakirania appelle à ne pas négliger la santé mentale 

La réapparition de la maladie du virus Ebola dans l’Est de la République démocratique du Congo a des conséquences sur la santé mentale de la population. C’est l’affirmation d’un psychologue clinicien, agent à l’hôpital général de référence de Katwa, en ville de Butembo. 

Selon lui, c’est ce qui d’ailleurs explique les réactions des uns et des autres. Le psychologue Kakirania Erasme reconnait que les habitants ayant vécu les dernières épidémies vivent dans une profonde incertitude du lendemain. Ceci est alimenté, explique-t-il, par les rumeurs véhiculées dans les réseaux sociaux. Cela part même de la nouvelle qui a accompagné la découverte de la maladie, racontant une affaire de sorcellerie. 

C’est la mauvaise gestion de toutes ces informations, sans aucune intention de suivre la version des bonnes sources, qui affecte la psychologie des personnes, a poursuivi le psychologue Kakirania Erasme.

On a tendance à perdre la confiance, surtout à ces gens-là qui sont censés donner la bonne santé aux gens. Ce sont les agents de santé, évidemment, par le biais du gouvernement à travers le ministère de la Santé. Et évidemment, les interventions sont en train de se redonner, mais on pense que ce que le gouvernement est en train de donner comme message, c’est du business, c’est le terme qu’on utilisait avant. Et c’est cela qui fait qu’il y a déjà un doute, des hésitations des populations par rapport aux soignants. Il y a un climat d’incertitude qui règne dans la population. Et sur le plan psychologique ou émotionnel, cela entraîne un sentiment de peur, parce que tout le monde ne sait pas, avec cette nouvelle épidémie, à quoi encore on va finir à terme de mort. Est-ce que moi-même, je ne serai pas victime ? Voilà autant de questions qui entraînent cette peur », a-t-il démontré. 

Et pour qu’il n’y ait pas de dégâts, il conseille à la population de ne considérer que l’information officielle. En outre, il croit que seule la confiance au personnel soignant peut aider les habitants déjà plongés dans l’incertitude du lendemain quant à cette 17ᵉ épidémie d’Ebola. 

En tout cas, pour qu’il n’y ait pas de dégâts, l’option que le gouvernement avec ses partenaires a choisie afin de rendre zonale la lutte contre l’épidémie, je crois que ça va apporter une autre forme. Je crois que la population devra comprendre que leurs frères et infirmiers ou infirmières qui sont en train de les prendre en charge, eux-mêmes reviennent des mêmes familles là, qui sont exposées à la maladie. Leurs frères ne pourraient pas souhaiter que le pire leur arrive alors qu’eux-mêmes sont concernés. Donc tout le monde devra prendre conscience que ce n’est pas un problème de recherche de lucre, c’est un problème de recherche de l’intérêt commun, c’est la santé de tout le monde”, a-t-il conscientisé.

Cet expert en santé mentale intervient alors que plusieurs personnes cherchent toujours à comprendre la résurgence de cette nouvelle épidémie avec une nouvelle souche sans vaccin ni médicament. La ville de Butembo a déjà enregistré 7 cas confirmés. Plus de 118 contacts ont été listés, confirment des sources sanitaires.

Stanley Muhindo

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